Plusieurs mesures dont la création d’une bibliothèque nationale ont été proposées à Diomaye Faye lors de la cérémonie officielle du Forum national du Livre et de la lecture. L’idée est de cette batterie de mesures est d’avoir une infrastructure culturelle assurant la souveraineté culturelle et intellectuelle du pays.
BABACAR SY SEYE
65 ans après l’accession du pays à l’indépendance, le Sénégal ne dispose toujours pas d’une bibliothèque nationale, siège de souveraineté patrimoniale. Ce qui est regrettable aux yeux d’Adama Aly Pam. Pendant sa Conférence inaugurale lors du Salon du livre et de la lecture, l’archiviste paléographe sénéglais de saluer ainsi la décision du gouvernement d’inscrire dans la Stratégie nationale de développement 2025- 2029, le renforcement des infrastructures culturelles dans les pôles territoriaux. Dans ce sens, parmi les infrastructures à construire, il y a une forte demande pour qu’il y ait une Bibliothèque nationale du Sénégal, institution fondatrice, moderne, dotée de missions de dépôt légal, de conservation, de numérisation et de diffusion. A cet effet, il doit y avoir des antennes régionales pour constituer progressivement un réseau national de lecture publique. Et un centre de numérisation sera associé à cette infrastructure pour préserver le patrimoine documentaire. Une autre proposition stratégique lors du Forum du livre et de la lecture: Établir un Réseau national de lecture publique. Il s’agit de déployer progressivement des bibliothèques communales et départementales, interconnectées et accessibles gratuitement. En troisième lieu, il est proposé de développer un réseau de bibliothèques scolaires financé sur le budget du ministère de l’Éducation nationale (4% du budget), selon Adama Aly Pam.
Par ailleurs, il est demandé de renforcer la production éditoriale nationale. Cela passe par la mise en place un fonds national de développement des bibliothèques en soutien aux efforts des municipalités. Il faudra accorder une priorité à l’édition dans les langues nationales (wolof, pulaar, sérère, mandingue, diola, etc.), afin de rapprocher le livre des communautés. En plus, il est recommandé de favoriser la traduction d’auteurs sénégalais vers d’autres langues pour leur donner une visibilité internationale. Le cas de la Côte d’Ivoir, est bel exemple à suivre : exclusivité des nationaux pour le marché des manuels scolaires.
La cinquième mesure devra être consacrée à la restitution et à la valorisation du patrimoine documentaire sénégalais. Cela consiste, d’après Adama Aly Pam, à initier une négociation diplomatique avec la France pour la copie numérique, la restitution ou la mise en dépôt d’archives et manuscrits liés au Sénégal (bibliothèques omarienne conservées à la Bibliothèque nationale de France). Dans la même veine, il est recommandé de créer un Centre national du patrimoine écrit et documentaire chargé d’inventorier, conserver et valoriser les archives sénégalaises, y compris les manuscrits islamiques détenus par les familles religieuses du pays. Il est aussi demandé de numériser les 14 millions de photographies de la Présidence de la République du Sénégal. Après cela, il faut lancer un programme national de numérisation et d’accès en ligne pour démocratiser l’accès aux savoirs.
Le sixième point évoqué par Adama Aly Pam c’est de positionner le Sénégal comme hub régional du livre. Ainsi, il est recommandé d’organiser chaque année un Salon international du livre de Dakar, avec une ouverture panafricaine. Il faudra aussi, renseigne Adama Aly Pam, candidater pour accueillir le titre de Capitale mondiale du livre de l’UNESCO dans les prochaines années. L’importance de promouvoir le Sénégal comme plateforme de coopération Sud-Sud pour l’édition et la circulation du livre africain est saluée. Enfin, il est demandé de mettre en place un cadre institutionnel et financier durable. Cela passe par la création d’un Conseil supérieur du livre et de la lecture, regroupant État, éditeurs, auteurs, libraires et bibliothécaires. De plus, il faudra allouer un budget dédié au développement du livre, avec une part garantie du budget de l’éducation et de la culture
‘’Ces mesures permettraient au Président de la République de : Laisser en héritage une infrastructure culturelle fondatrice, voilà notre devoir; assurer la souveraineté culturelle et intellectuelle de notre patrie, voilà notre responsabilité; placer notre pays à l’avant-garde des nations, voilà notre ambition’’, a déclaré Adama Aly Pam.
Et pour conclure, il soutient que ‘’lire, c’est apprendre à se gouverner soi-même ; éduquer, c’est donner à chacun la force et la liberté de choisir ; et de cette liberté naît la seule souveraineté qui vaille, la souveraineté véritable’’.
Diomaye Faye: ‘’ J’ai voulu d’abord rendre hommage à…’’
Par ailleurs, le président de la République Diomaye Faye est revenu sur le sens du Salon du livre et de la lecture, événement inclusif. ‘’En prenant la décision d’organiser, pour la première fois au Sénégal, un Forum national sur le livre et la lecture, j’ai voulu d’abord rendre hommage à ces hommes et à ces femmes qui, tout le long de notre histoire culturelle et intellectuelle, ont marqué de leur empreinte indélébile, la trajectoire de millions de Sénégalais, d’Africains et de citoyens du monde’’, a déclaré Diomaye Faye.
Le Chef de l’Etat note qu’à travers leurs ouvrages de fiction, leurs essais et leurs livres scientifiques, ils ont nourri l’imagination, enrichi les connaissances et ouvert des horizons nouveaux sur le Sénégal, l’Afrique et le monde. ‘’Parmi eux, le patriarche Cheikh Hamidou Kane occupe une place éminente. La puissance de sa réflexion philosophique, alliée à la constance de son engagement au service de son pays et de l’humanité justifie pleinement la pertinence du choix de le désigner comme parrain de ce Forum. Véritable passeur de mémoire, il incarne une source d’inspiration pour toute la communauté nationale’’, a soutenu Diomaye Faye. Pour lui, ‘’les écrivains, ainsi que tous les autres acteurs de la chaîne du livre, méritent d’être célébrés, car d’une certaine manière, ils demeurent les gardiens des rêves, les dépositaires de notre patrimoine immatériel tout en balisant notre avenir collectif’’.