« Omon mi » : un texte sublimé par une fabuleuse mise en scène

C’est un choc entre deux délices : un   texte engagé d’une tonalité particulière et une mise en scène savamment meublée pour défendre la cause des enfants. Suivant une démarche pédagogique, le metteur en scène de la pièce Nicolas De Dravo a su faire appel à tous les éléments nécessaires pour faire passer le message de l’auteur Ousmane Alédji et monter un plaidoyer pour éradiquer les rites infanticides. 

Omon mi (mon enfant) se construit telle une sonnette d’alarme, un cri strident qui veut sonner le glas des pratiques ancestrales qui créent le clivage entre l’homme et l’humanisme.  C’est l’histoire d’un enfant de deux jours qui doit trouver la mort ! Parce que né avec le placenta, les gardiens de la tradition considérant cela comme un sacrilège, décident alors de l’enterrer vivant selon les rites de la collectivité. 

Présentée au centre culturel Artisttik Afrika (Bénin) en août 2015, cette œuvre est une adaptation libre, par le metteur en scène Nicolas De Dravo, du livre de Ousmane Alédji, écrivain béninois, metteur en scène, consultant et directeur du Centre Culturel Artisttik Africa.

C’est une œuvre qui prend de la distance avec bon nombre de dispositions relatives au théâtre classique. La pièce rompt avec le théâtre racinien, c’est-à-dire le respect de la règle des trois unités. Elle est portée haut grâce à quatre éléments qui font son originalité à savoir : la présence des acteurs sans nom, l’usage de plusieurs langues nationales du Bénin, l’usage de la musique sur scène, la danse, la prise de parole et l’omniprésence des proverbes africains.

Évoluant sur scène, les acteurs sans nom ne sont identifiables que par leurs voix. Cette approche, loin de constituer un handicap, fut un des éléments décisifs dans la réussite de la construction dramatique de la pièce. D’une excellente maitrise du texte et de l’espace scénique dans lequel ils évoluent, ces acteurs ont porté par leur corps, leur présence et leur maitrise du texte, un ensemble cohérent et achevé. Avec un jeu qui façonne les émotions, tord les nerfs et fait évader le public qui se laisse, docilement, porter par les manigances des personnages, chacun d’eux est une intrigue, chacun d’eux est une face cachée de ces pratiques. En somme, une interprétation simplement captivante, pleine de vie, d’humour et parfois d’éclats.

Un spectacle polyglotte et rythmé

Omon mi, c’est la représentation ethnique du Bénin. Les acteurs se faufilaient entre plusieurs langues tantôt du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest du pays. Une force majeure qui vampirise la réussite du spectacle et surtout rend le message accessible à un grand groupe ethnique en connivence avec des proverbes. Ces vertus de l’humour viennent assister le public dans la compréhension du message grâce à ces différentes fonctions, linguistique, esthétique, éthique, anthropologique et historique. Ils sont irrévocablement, les principaux évocateurs de la mémoire, ils sont porteurs d’une compétence de communication potentielle dans toutes les langues.

Si le théâtre est le carrefour des arts, cette représentation le confirme agréablement. Et comme le dit si bien le poète Senghor : « En Afrique, c’est la danse qui est au commencement de toutes choses. Si le verbe l’a suivi, ce n’est pas le verbe parlé, mais le verbe chanté et rythmé ». Omon Mi vient lui donner raison. La danse et la musique sont indissociables de ce spectacle qui se révèle comme le fruit de la synchronisation de la danse, de la musique et de la parole qui devient, par leur force, mélodieuse. Le silence, quant à lui, est bavard ; il suggère et inspire, vient assister le spectateur et le tenir en haleine. Il compose avec la bande sonore, une entité compacte qui hisse le propos dans une belle intemporalité. 

Présenté il y a cinq ans, les yeux restent figés à l’horizon espérant une nouvelle représentation avec de nouveaux ingrédients pour une nouvelle vague de sensibilisation étant donné que le phénomène persiste.

Raoul Nana Donvide (Stagiaire/ Bénin) 

Article produit dans le cadre de la 1ère session de la formation en critique d’art organisée par l’Agence Panafricaine d’Ingénierie Culturelle – APIC

Publié par

Régina Sambou

Journaliste/ Bloggueuse Culturelle

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