Altesse SEINZOR, nouvelle vague du cinéma Congolais

Africulturelle au gré de ses pérégrinations, vous amène à la découverte  d’Altesse Seinzor, qui est dans le monde du cinéma au Congo. Entre souvenirs d’enfance et actualités riches en collaboration, il nous parle de sa vision du septième art. Entretien.

Africulturelle : S’il faut définir Altesse SEINZOR en quelques mots, que nous diriez-vous ? 

A.SEINZOR : Un homme intègre, au cœur noble, avec pour principe cardinal de la vie le respect. Je suis cinéaste, donc acteur réalisateur scénariste et producteur Congolais. 

Vous êtes dans le domaine du cinéma depuis une bonne période déjà, quel a été le déclic ?

Ayant une enfance introvertie, j’avais découvert lors des oraux au cycle primaire pendant les épreuves de poésies, que j’avais des aptitudes dans les arts de la parole. Je me dévoilais à moi-même dans l’expression corporelle, verbale et émotionnelle sur scène. Ainsi, je permettais enfin aux miens de mettre les mots sur le mystère qui me caractérisait, afin d’être mieux compris par mes proches et mon environnement sociétal.

Plusieurs personnes estiment que le cinéma Congolais a encore du chemin à faire, quel est votre avis à ce propos ? 

Le plus important, ce n’est pas le chemin à parcourir mais se donner les moyens de nos ambitions en matière de ressources humaines, financières et techniques  pour atteindre le but qui n’est autre que de redorer la tunique du cinéma congolais en particulier et des arts africains en général. 

En tant que réalisateur, quelle est votre écriture cinématographique ? Votre démarche ….

J’ai le privilège d’être un kamite, conscient du patrimoine historique de mon continent, gravé sur le marbre cosmique à l’encre du sang de mes ancêtres. Grâce à cela, je puise mon inspiration dans la fibre ancestrale du génie bantu pour orienter ma démarche dans la mécanique de la mise en scène et la direction artistique.

A l’ère de la pandémie de la covid 19, comment percevez-vous la résilience dans le domaine cinématographique ? 

Chez nous particulièrement, le cinéma ne progresse qu’à force de résilience compte tenu du manque de mécanisme adéquat pouvant favoriser l’industrialisation de notre 7ème Art. Le laxisme des pouvoirs publics en dit long et tout à la fois. Alors, cette pandémie ne change pas grand-chose. Ceci ne met qu’en évidence ce que nous subissons déjà. Les péripéties de cette pandémie nous arment face à ce présent funeste, pour construire ensuite un avenir plus lumineux dans tous les domaines de la vie et du cinéma en particulier,  avec de nouvelles méthodes de travail qui doivent être élaborées. Car à cette allure, cette pandémie est partie pour perdurer. Il nous incombe donc de nous adapter à cette réalité.

Quelles doivent être les prédispositions à avoir avant de se lancer dans le métier d’acteur ? 

Les prédispositions qu’un acteur doit avoir sont multiples. Je dirai de manière sommaire : se munir d’une volonté inébranlable face à toute épreuve, avoir le sens de l’écoute et de l’observation, mais aussi de rétention afin d’être malléable face aux directions qu’il recevra de son metteur en scène, son réalisateur ou son directeur artistique. Par-dessus tout, il est important d’être humble parce qu’il faut travailler avec abnégation. Nous sommes d’accord que bien que le talent soit inné, la compétence elle, s’acquière. Alors, on fait un travail dans lequel il faut être sans cesse performant. Il faut donc travailler sans cesse.  

On vous a vu dans le film de « Djoli » de Glad Amog Lemra  en mars dernier et aussi dans le « CLOCHARD », un film de Kevin Nguili, quelles expériences tirez-vous de ces deux collaborations ?  

Le clochard est un film que j’ai coréalisé avec Kevin Ngueli. Ce dernier est l’un des réalisateurs les plus créatifs, un cinéaste très  prolifique avec qui j’ai eu à collaborer jusque-là. En toute humilité, notre collaboration a été à la hauteur de nos génies. C’était un travail qui avait demandé beaucoup d’investissement personnel, financière et spirituel. On travaille dur jusque-là pour la sortie officielle de cette œuvre. 

Quant à Djoli, ce qui m’a le plus séduit dans ce projet, c’est effectivement la direction flexible de Glad Among dans le rendu du jeu d’acteur. Le champ de l’expression étant assez vaste et toléré par Glad, n’a fait qu’amplifier le bonheur de travailler, de partager la scène avec des talentueux protagonistes comme Bruno Henri, Johakim TIVOKU, Djédjé APALI, Sorel BOULINGUI. Et en parlant de Djedje APALI, je tiens à exprimer ma blessure assez béante quand tenue de la nouvelle que j’ai reçue par Glad AMONG LEMRA qui a annoncé la disparition inopinée et jusque-là non élucidé de Djédjé APALI qui est un acteur formidable, plein d’humanisme et chaleureux. Cette disparition me chagrine profondément. On attend vivement d’avoir des nouvelles de sa disparition. J’envoie toutes mes pensées et beaucoup de courage. Je garde espoir de revoir mon ami Djéjé APALI un jour. 

Nous tenons de source sûre que vous travaillez actuellement sur un grand projet, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? 

(Rire) Le projet dans lequel je participe en ce moment s’intitule « Mvitan’i » en langue Lari, qui signifie « mon combat » en Français. Nous sommes en plein tournage. C’est un film écrit et réalisé  par la cinéaste Aude MAY, dont j’apprécie particulièrement l’orientation scénaristique. Ce film raconte les faits de société. Il dénonce et décrit les abus sexuels traumatisant dans le milieu familial qui est très souvent géré dans une sorte d’omerta. Ce film met en lumière tous ces abus qui sévissent dans nos familles. Il donne la parole à nos sœurs et enfants victimes de ces violences. Le rôle principal est incarné avec toute la virtuosité artistique par cette artiste pour qui j’ai beaucoup d’estime et avec qui je rêve de collaborer dans un avenir proche, qui répond au nom de Mariusca MOUKENGUE. Elle incarne parfaitement ce personnage et le rend déjà assez bien. C’est un projet très intéressant, dans un registre que je n’ai pas l’habitude d’aborder et cette fois-ci je pense que cette diversité dans mes choix cinématographiques ne fera que renforcer  la palette qui se construit encore. Le film s’annonce assez bouleversant dans son écriture et sa direction artistique. Reste à nous les acteurs d’être à la hauteur de cette belle œuvre

Quelles sont les  figures du cinéma qui vous influencent et qui d’une manière ou d’une autre forgent votre personnalité.

Les figures du cinéma qui m’influencent et forgent d’une certaine manière ma personnalité…j’aimerais tellement avoir des repères nationaux …mais bon. J’apprécie le parcours académique du doyen Pascale NZONZI et son parcours cinématographique. Il a fait du Cinéma son champ d’expression. J’ai beaucoup d’admiration pour lui et sa démarche m’influence beaucoup. Il y a aussi l’acteur Christian Bell que je suis beaucoup. Il est performant dans les rôles de composition. Il a cette capacité d’incarner et de rendre crédible des personnages complexes. Pour ce qui est de la réalisation, je suis un fan inconditionnel de Christopher Nolan.  Son style d’écriture, sa direction artistique, bref sa réalisation me laisse toujours perplexe dans le perfectionnement de l’inconnu qu’il essaie toujours d’aborder et de mieux magnifier dans ses films. Je citerai aussi la qualité de réalisation de Ridley Scott qui m’inspire. Voilà en gros les personnalités qui m’influencent.

Comment voyez-vous le cinéma africain d’ici 2025 ?

Le cinéma en 2025 dépend des moyens que nous devons investir aujourd’hui, la prise de conscience du potentiel culturel dans tous les secteurs. Parce qu’il n’y a pas meilleur moyen pour un peuple de vivre et d’incarner son histoire si ce n’est de le vivre et de l’exprimer par la culture, par tous les arts. Le cinéma est un Art qui doit être promu. Il est question de raconter et d’écrire notre histoire par nous-même. Je garde bon espoir que la conscience collective s’élèvera de plus en plus. Déjà que  les réseaux sociaux ne servent plus qu’à l’exhibition mais au changement positif des mentalités. Sur ce, je suis très optimiste pour l’évolution du cinéma Africain dont les prémices se font déjà ressentir. 

S’il vous restait un mot à dire, ce serait lequel et à qui l’adresseriez-vous ? 

Il est temps pour que nos autorités commencent à avoir une vision sur l’avenir de notre cinéma. On n’a plus de temps à perdre pour les égarements. Il est temps pour notre génération déjà conscient de briser les barrières et d’éveiller la conscience de nos autorités. Je finirai en disant que l’Afrique gagne, que le Congo triomphe, merci. 

Régina SAMBOU, Cinéma, République du Congo, 2020

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