Maroc : Carnet noir dans la musique ivoirienne Emmanuel Ouapeu a joué les dernières notes de sa vie

(Quid de la prise en charge des artistes subsahariens au Maroc ?)

La musique ivoirienne vient de perdre l’un de ces grands talents que tout groupe musical pourrait rêver d’avoir dans son effectif. C’est précisément dans la capitale marocaine Rabat où il vit depuis quelques années qu’Emmanuel Ouapeu est passé de vie à trépas, des suites d’une maladie, la semaine dernière. A bien des égards, le décès de ce jeune pianiste relance la question de la prise en charge des artistes subsahariens basés au Maroc.

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Un artiste talentueux, aimable et disponible. C’est ce que retiennent nombre d’artistes amis d’Emmanuel Ouapeu qu’ils ont côtoyé dans le cadre de plusieurs collaborations musicales. Agé de 28 ans, ce pianiste hors du commun a su convaincre par son rare savoir-faire et sa passion pour un instrument (le piano) qu’il a su dompter, sans un véritable guide. C’est notamment au sein de la chorale de l’église évangélique « Vase d’honneur » à Abidjan que le jeune musicien a fait ses débuts et commencé véritablement à faire parler de lui. Enchainant les expériences, il intègre plus tard, l’orchestre de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) en tant que pianiste. Ici, il mène de fructueuses expériences en accompagnant plusieurs vedettes de la musique ivoirienne, avant de créer plus tard le groupe Fadiès.

Un talent salué par tous

Installé au Maroc depuis plusieurs années, Emmanuel a continué à nourrir sa passion pour la musique, en prêtant mains fortes à plusieurs formations musicales dont entre autres, « Zion Rock » de l’Ivoirien Jah Bongo et « Africa United » du Comorien Fahad Bastos. Deux groupes de musique reggae mais qui puisent également dans le riche patrimoine musical africain afin d’enrichir la scène marocaine de leurs singularités. Ainsi, à la faveur de plusieurs manifestations au Maroc, Emmanuel s’est illustré sur de grandes scènes, et a conquis nombre de spectateurs par son talent.

Un mal longtemps caché

Tout comme chez lui en Côte d’Ivoire, la nouvelle de la disparition d’Emmanuel Ouapeu est tombée tel un couperet dans le monde du showbiz subsaharien au Maroc où tous ses pairs affirment avoir gardé de lui l’image d’un professionnel rompu à la tâche. A Rabat notamment où le pianiste ivoirien compte pourtant beaucoup d’amis, on admet qu’aucun signe ne présageait de son décès. Mais En réalité, de source bien introduite, Emmanuel souffrait et cachait son mal depuis longtemps. Est-ce par souci d’une réelle prise en charge ou crainte de paniquer sa famille ? Personne ne saurait expliquer exactement l’attitude du pianiste qui entre temps avait été rejoint par sa maman informée tardivement, alors que le mal s’était déjà compliqué.

Dans tous les cas la disparition d’Emmanuel Ouapeu fait resurgir les interrogations liées aux dures réalités que vivent au quotidien les artistes subsahariens au Maroc. Ces derniers en effet sont confrontés à moult difficultés qui ne permettent pas d’envisager une carrière artistique pouvant nourrir véritablement son homme. Qu’ils soient chanteurs, musiciens, comédiens, danseurs, écrivains ou encore peintres plasticiens, les artistes subsahariens au Maroc sont tous logés à la même enseigne très peu reluisante.

La prise en charge des artistes subsahariens au Maroc en question

Les artistes subsahariens ayant choisi de mener une carrière professionnelle au Maroc éprouvent d’énormes difficultés notamment dans la circulation des œuvres pour certains. Pour d’autres, une pénibilité s’observe dans le décrochage de contrats de prestations pour lesquels leurs homologues marocains sont beaucoup plus prisés. Même pour les rares fois où ils sont sollicités, les « artistes africains » (comme on les appelle) qui viennent pour la plupart des pays comme le Congo (Rdc et Brazzaville), la Côte d’Ivoire, les Comores, la Centrafrique, la Guinée, le Cameroun ou encore le Sénégal, touchent des cachets dérisoires. Le comble, c’est que l’état marocain ne leur garantit aucune assurance, aucune couverture sanitaire capable de leur assurer une prise en charge digne du nom en cas de maladie. Au contraire, ils sont livrés à eux-mêmes et nombreux ont dû s’accrocher à d’autres « petits boulots » afin de joindre les deux bouts. Un tableau désolant, voire pathétique, par ailleurs favorisé par le manque d’organisation réelle de la part de ces artistes qui sont ressortissants des pays avec lesquels le Maroc nourrit pourtant d’excellentes relations de coopération. Mais surtout, cette situation qui n’honore guère le Maroc qui entend s’affirmer comme terre de rencontres et d’échanges culturels par excellence, doit remuer les méninges des autorités en charge de la gestion des questions culturelles.

Faut-il le souligner, ces dernières années le Maroc s’emploie à marquer des points significatifs dans ses relations avec l’Afrique subsaharienne. A cet effet, plusieurs faits nous permettent de rendre un témoignage éloquent au Royaume chérifien, dont entre autres, son retour au sein de l’Union Africaine et le lancement du processus de régularisation des migrants africains sur le sol marocain telle que décidée par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI. Cependant reste à activer davantage le levier culturel, en garantissant par une batterie de mesures conséquentes des conditions de vie et de travail décentes aux artistes subsahariens notamment évoluant sur le sol marocain.

Par Cir-Raoul HOUNGBEDJI

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