Critique: Toi…Émoi par Ikram Ben Brahim

« Deviens ce que tu es »

Nietzsche

Toi… La liberté est toujours devant toi. Mais, tu peux montrer que tu es libre ? Toi… tu dois devenir celui que tu es comme a écrit Nietzsche. Celui qui doit être libre où son être vibre au-delà du temps. Celui qui doit dépasser ses croyances limitantes et rêver d’amour et de paix. Toi et Moi. Toi qui peux être l’autre masculin ou féminin. Mais, qui pourrait être cet autre ? Mère ou père ? Frère ou sœur… ? Ainsi, si nous joignons ces deux mots toi et moi, se pose à la fois une interrogation : Toi ? Et Moi ? Et une appartenance « Je suis à Toi, Je suis en Toi » car tu es l’écho de ma partie féminine ou de ma partie masculine. Ce dialogue entre Toi et Moi permet d’évoquer la question et la nature de cet émoi.

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Du son au sens, ces mots écrits permettent de mettre en exergue l’émoi qui ouvre une voie à chacun d’être libre de se connecter à son moi profond, de dire ce qu’il veut, d’aller où il veut et de délirer car « La seule liberté qui m’importe aujourd’hui, c’est de délirer, je suis égaré, je suis amoureux », précise Roland Barthes.

Du son au sens

C’est alors qu’une parole de l’Émouvance commence à travers une installation-performance présentée dans le cadre du Ségou’Art 2019 au Mali intitulée : « L’Être est, le mien est vivant ». L’être, tout ce qui est devant et dedans lui des matières-émotions qui nous a saisis de découvrir cette sorte d’exprovisation[1] qui est justement fondée sur des paroles, des voix, des gestes et des regards. Un devant comme un dedans permettant un échange entre le public et les Émouvants à travers ces matières-émotions et l’acte du tissage qui se répète, afin de dépasser ces croyances limitantes.

« Ta mère est morte », déclarent les Émouvants. Cette affirmation nous a profondément marqué. Le public l’a reçue comme une surprise première et touchante. Elle a été le déclencheur de sa réaction en tissant les différents fils, afin de participer à une œuvre vivante et vibrante. Que l’espace est profond ! Que le cœur est puissant ! Chaque personne du public a cru respirer le parfum de sa mère. La mère est une lumière qui vient et ouvre les mains pour accueillir l’être qui est encore privé de son pouvoir de création. L’être est tout puissant et il ne fait rien. Il est tout puissant mais il ne fait rien.  Il est seul dans le néant parce qu’il ne peut rien dire, parce qu’il n’y a ni espace, ni temps. Sa mère est aussi seule dans le néant parce que son être est enfermé dans le moralisme limitant. Ainsi, en quoi les paroles des Émouvants peuvent révéler à l’artiste, à l’historien de l’art, à toute personne en général, qui ferme les yeux et tente de penser l’être ?  Dit-on que l’être est Un ? Ou bien dit-on que l’être lui-même en train de naître ?

Les paroles des Émouvants nous bouleversent, nous ouvrent au-delà de toute vie et, donc, de notre propre vie présente.  Cette quête de l’être, du moi profond, du « moi pur » permet d’aborder la question de l’autre, de toi qui devine ce qui est et qui deviens ce qui est dans le silence. De surcroît, les Émouvants se réfèrent à la théorie du Pythagore sur les chiffres car en affirmant que le Un est mort, en deux s’affirme la totalité du Dieu. De la dialectique des deux contraires procède la création et naît un troisième. Et ainsi de suite pour les autres chiffres car au moment où Dieu mort, naissent la beauté, la justice, l’infini, la vérité…

Dès lors, surgit la vie de ces oppositions et ces contradictions où l’Être peut être non pas Un mais un zéro qui déteste pour aimer encore et toujours.  « À Dieu, le Zéro touche à l’Être », comme l’écrit Alain Nadaud.

Toi et Moi.

On a tous en soi, un être qui tend à naître et un moi qui permet à l’autre de ne pas disparaître en évoquant l’émoi. L’émoi est un évènement intérieur qui se manifeste à l’extérieur. Cet évènement est un trouble parce que toi, tu me ressembles et je te ressemble. Oui un trouble qui trouve son air d’origine dans cette installation-performance à travers les moments du silence et les voix qui expriment les six matières- émotions créatrices telles que la surprise, la tristesse, la colère, le dégoût, la peur et la joie.

Chaque voix est une respiration principale de notre rapport au monde, c’est-à-dire aussi de notre rapport à l’espace et au temps, au corps et au langage, à la spiritualité et à la volonté. Les visages des personnes présentes sont comme l’aire de projection des regards qui dégagent un voyage avec un désir de dire et de s’exprimer. L’expression des visages reflètent des images qui resteront un écho de la mémoire et un fragment de l’histoire.

Tant de non-dits et de non-regards qui s’enferment et ferment l’espace où tout mensonge s’efface au profit d’un vrai sentiment d’être vivant. Levinas dit du visage de l’autre qu’il est expression et regard affrontant, et en même temps, accueil de la lumière. Un regard flottant qui se dévoile encore et nous ramène à l’aurore dans un espace-temps vibrant.

Être un été et avoir du soleil lors de cette installation-performance permet aux Émouvants délirants de créer des nœuds de temps multiples. Il s’agit d’un délire qui mène et amène une errance poétique dans le présent issue d’une exprovisation inachevée. De cette errance, on peut rêver de cet inachevé qui va nous élever vers l’espérance et la libération.

Je suis.

Je suis donc tu es. Je suis l’être. Tu es l’être. « Deviens ce que tu es ». Deviens un être libre, un « être a-mourant » comme a écrit maître Benkhalifa en parlant de l’acte de création et de l’éternité de la vibration de l’œuvre. Dans cette installation-performance, quel que soit les gestes finales, on perçoit un signal qui crée de la joie à travers une phrase marquante déclarée par les Émouvants : « Ta mère est vivante ».

Cet instant présent est ineffaçable issue de cette exprovisation inarrêtable car elle demeurera une noblesse. Parler et perler le vrai que l’on pénètre dans l’univers de l’être offre de l’espoir, afin d’être un Être, voire un Dieu. De Toi à Moi, soutenons l’émoi devant cette joie et les merveilleux sourires du public. L’émoi, la matière-émotion crée un échange et une rencontre en interpellant ce public. Tellement, nous avons lu dans les yeux du public les lendemains qui sont pour eux des ombres sombres, un coup d’exprovisation comme « Et toi, es-tu libre ? Et toi tu es libre toi, comme moi, est ce que tu es libre ? Et toi ? Et toi ? Et toi ? …. », a permis de créer un certain partage à travers l’acte du tissage, afin d’échanger les regards et voir des visages menant à des voyages.

Toi…Émoi pose cette quête sur l’être et sa relation à son pouvoir de création ; « Suis-je une âme, suis-je un être, suis-je un dieu », affirment les Émouvants en mettant le public en émoi. Que deviens ainsi Toi ? L’être, peut-il se découvrir ? Car la question demeure la suivante : Toi, acteur ou spectateur, sommes-nous créateurs ?

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Ikram Ben Brahim[2]

Les artistes participants à cette installation-performance :

-Houda Ghorbel

-Chawki Lahmer

-Ikram Ben Brahim

-Nourhène Ghazel

-Mouna Fradi

[1] Exprovisation : Terme employé par maître Mohamed Benkhalifa : Avocat international et maître-coach certifié.

[2] Artiste plasticienne, « en émouvance », Enseignante universitaire, Docteur en Science et Techniques des Arts, Chercheuse en esthétique et histoire des Arts Plastiques.

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