Critique littéraire : Métempsychose constitutionnelle en République du Congo, vu par Emeraude Kouka

Ce samedi 17 novembre au restaurant La P’tite Faim, à Brazzaville, a eu lieu un café littéraire autour du livre Métempsychose constitutionnelle en République du Congo, un essai de Julien Makaya, paru en 2016 aux éditions La Doxa. Julien Makaya est aussi l’auteur des livres Pour une nouvelle gouvernance du Congo-Brazzaville et Crise et décadence de l’Afrique noire (Les versets nègres), parus aux éditions L’Harmattan.

Paneliste lors de ce café littéraire, Emeraude Kouka nous présente une analyse critique du livre.

Daniel Pennac, écrivain français, confiait, dans un entretien avec Marianne Payot, en distinguant l’essai du roman, que : « L’essai donne un état du réel structuré par un raisonnement tandis que le roman est mouvant, il rend ce que la vie a de contradictoire, d’incohérent et de changeant ». Métempsychose constitutionnelle en République du Congo de Julien Makaya, structuré en douze actes, renouvelle la mémoire du remuement socio-politique qui a marqué le processus du changement de la Constitution congolaise du 20 janvier 2002.

Dès l’abord, une éloquence boursouflée. Le titre est un trope. Il personnifie la constitution. Lui donne un corps. Puisque qu’on entendrait la métempsychose, selon son étymologie grecque μετεμψύχωσις (metempsúkhôsis), comme un déplacement de l’âme dans un corps. Soit. La constitution connaîtrait donc des contingences qui se répercuteraient chaque fois. Une sorte de destinée. L’auteur évoque le prétendu caractère « conflitogène » (page 11) de la Constitution du 15 mars 1992, non sans évoquer les soubresauts politiques qui ont amené la dissolution de la Constitution du 20 janvier 2002 (Acte 2 à 10). Indirectement ¾ c’est là tout l’intérêt de ce livre ¾ il relève une certaine idée du déterminisme. En ce sens que les tumultes politiques congolais seraient prédictifs de leurs répétitions. De quoi évoquer le lieu commun : « Les mêmes causent produisent les mêmes effets ». D’autant qu’assez souvent, pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron, président français « on pense qu’il faut une réaction instrumentale pour réagir aux événements : un décret, une loi, une modification de Constitution… », or, poursuit-il « la politique c’est de l’agir, mais aussi du dire. Si on ne déplie pas les problèmes, l’action ne porte pas (…). Elle ne vibre pas le corps social, elle manque de portance ».

De ce fait, le discours détermine l’énoncé. Julien Makaya évite le piège rhétorique du sermon. Il échappe à une argumentation polémogène. Pourtant, le texte prend une tonalité polémique avec, acte après acte, l’emploi de modalisateurs et le rejet volitif de la xyloglossie. A la page 150, Julien Makaya s’autorise une parodie du célèbre Pater noster, adressée au président de la République, évoquant ce qu’il y a de plus acratopège dans la vie sociale des Congolais : des difficultés si visibles au quotidien qu’elles constituent une image d’Epinal du débat politique. Au fond, par-delà ce qui précède, ce qui point Julien Makaya c’est que l’égoïsme politique l’emporte sur l’intérêt général. Un son de cloche qui fait écho à son premier livre : Pour une nouvelle gouvernance du Congo-Brazzaville.

Emeraude Kouka,
Critique d’art et critique littéraire.

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