Erick Ahounou : « La « photographie africaine », un terme péjoratif que je n’accepte pas! »

Erick Ahounou, ce nom n’est plus inconnu dans les milieux de la photographie. « Briser les lignes et les codes » aurait pu être son slogan mais il n’est pas seulement un photographe qui travaille sur le nu artistique. Ce photojournaliste chevronné nous fait découvrir dans cette interview les autres facettes de sa passion dont il a fait son métier.

Qui est Erick Ahounou ?

Je m’appelle Erick Christian Sedo Ahounou, je suis photojournaliste, la cinquantaine dépassée et j’ai une expérience de plus de 40 ans dans la photographie. Je suis marié depuis 10 ans et père de deux enfants.

Vous en êtes en une quarantaine d’années d’experience dans la photographie. Quels sont les sujets que vous avez traités jusqu’ici ?

J’ai travaillé sur plusieurs sujets puisque dans la presse africaine, on est obligé d’être touche-a-tout. Mais il y a des sujets particuliers qui sont des projets personnels sur lesquels j’ai exposé : « Tatouages et Scarifications du Bénin », « Bénin, vie quotidienne », « Érotisme du Regard » (un sujet le NU artistique)… J’ai également travaillé sur « Une révolte annoncée », un sujet collectif avec 19 photographes sur les temps chauds au Sénégal depuis le 19 Mars 2011 jusqu’à l’arrivée du Président Macky Sall au pouvoir le 25 mars 2012.

Quels sont selon vous les principaux moments, dates, événements qui vous ont le plus marqué pendant cette carrière ?

1990 est le début de l’ère du Renouveau Démocratique chez nous au Bénin et c’est le début de ma carrière de photojournaliste avec la Conférence Nationale et la liberté de l’espace d’expression. En tant que free lance, je devais inventer une manière différente de faire des photos et de proposer aux nombreux journaux qui naissaient et de pouvoir livrer en temps presque réel. J’avais un petit labo noir et blanc et même a minuit, je pouvais y rentrer, développer, tirer et livrer a une rédaction la photo de l’actualité pour la parution du lendemain.

Ensuite je dirais 1996, l’année de ma première exposition photo sur le NU. Je suis un pionnier dans mon pays et sur le thème en question et sur une exposition photo.

Puis en 2005, la crise togolaise m’a permis de gagner ma première récompense internationale, le Fujifilm 1er Prix News 2005, avec une photo montrant plusieurs gendarmes togolais bastonnant un jeune togolais a Dekon (fief de l’opposition a Lomé, capitale du Togo).

Je dirai aussi le Sénégal en 2012. Le Sénégal est un pays particulier pour moi. J’y ai eu mon premier job (j’étais Chef du Département  Photo a l’Agence Africaine de Presse – APA News depuis 2006, date a laquelle je suis venu m’y installer). J’y ai rencontré la femme de ma vie, qui m’a donne mes 2 enfants adorables. J’en garderai éternellement des souvenirs, surtout ceux qui sont agréables. Donc j’y ai couvert de façon spéciale la crise depuis le 19 Mars 2011 en passant par le 23 Juin 2011… jusqu’à l’installation de Macky Sall… Et ce fut la même année que j’ai été licencié pour faute professionnelle et abandon de poste. Une méchanceté gratuite de quelqu’un qui avait presque cru qu’il était un Dieu, mais bon passons, j’ai donc repris ma vie de free lance.

Et enfin 2016, l’année ou même étant ici au Sénégal, et continuant a couvrir l’actualité ici et là à travers plusieurs médias, j’ai eu sur appel d’offres, à réaliser les portraits pour la campagne d’affichage d’un candidat a la Présidentielle Béninoise, (de l’avis général, ce fut les plus belles photos… J’en suis si fier). Je ne cesserai de remercier ce candidat pour cette confiance, surtout d’avoir choisi l’expertise béninoise que j’étais et en qui il a eu confiance, parce qu’on ne se connaissait pas. Vivre une campagne inside… ce n’est pas un simple reportage.

On le voit sur vos réseaux sociaux, vous travaillez beaucoup sur le nu en ce moment. Depuis quand le faîtes-vous ? Qu’est ce qui vous y a poussé ?

Ah le NU, je suis plus connu comme photographe de NU que comme photojournaliste, qui pourtant me donne a manger. Depuis 1996, je traite ce sujet que j’ai d’ailleurs commencé ici a Dakar, a l’ISSIC (Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication, école de journalisme à Dakar). Pourquoi ? Par pure provocation au début pour rester dans la mémoire des gens. Et surtout c’est le regard d’un photographe africain sur ces sœurs africaines.

Travailler sur le nu dans un continent très marqué par la pudeur, n’est-ce pas risqué ? Avez-vous du mal à trouver des modèles ?

Comme je l’ai dit précédemment je voulais provoquer. Et rester dans la mémoire des gens. Le risque en valait la peine, et ce n’est pas pour rien que je travaille sous anonymat. C’était une manière pour moi de protéger mes modèles. J’encaissais seul les coups et malheureusement je prends aussi seul la gloire. J’ai eu du mal il y a 22 ans à trouver des modèles, aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile, expérience et crédibilité obligent.

A côté de votre travail sur le nu, on voit sur vos plateformes sociales la série « Mettre un visage sur le nom ». Qui sont ces visages que vous voulez mettre en avant ? Comment vous les choisissez ? Dans quel but ?

Je n’oublie pas que mes sujets personnels sont le fruit de ma passion, ce qui me donne a manger c’est le photojournalisme,  »Mettre un visage sur le nom » c’est d’abord des gens qui se distinguent d’une manière ou d’une autre dans divers domaines et qui ne sont pas forcement visibles au grand public. Je vais a la chasse et décide de les rendre plus visible (d’ailleurs n’oublie pas que nous avons rendez-vous pour ton portrait – il parle de notre journaliste Papa Ismaila Dieng, ndlr -). Je les choisis au feeling et vais vers ceux qui sont moins snobs. Le but est de les rendre visible et pourquoi pas de vendre les photos aux magazines qui parlent de l’Afrique. D’ailleurs l’avocate tchadienne, Jacqueline Moudeina, photographiée depuis près de 4 ans, ici a Dakar, vient d’être publiée par Jeune Afrique… Pour moi, constituer des archives, avoir une base de données, c’est toujours bénéfique.

On parle beaucoup en ce moment de la « photographie africaine, d’abord que vous inspire cette expression ? Quelle est selon vous, la place de cette photographie africaine dans le monde ?

C’est un terme péjoratif que je n’accepte pas. Il n’y a qu’une seule photographie. Nous ne fabriquons pas la matière première de base : l’appareil photo. Nous l’achetons tous au même endroit, en quoi les autres sont plus intelligents que nous ? Moi personnellement je n’ai de complexe vis-à-vis de personne, après c’est le terrain et la chance qui commandent.

Je ne peux malheureusement pas répondre a la dernière question …. Je n’accepte pas le terme.

Dernière question : quels conseils et orientations donnerez-vous a un autodidacte qui se veut se lancer dans la photographie ?

Il se fait que malheureusement l’expérience ne se transmet pas. La seule vraie question de départ est « pourquoi veux-tu faire de la photographie ? ». C’est une passion qui peut faire gagner beaucoup, mais on ne vient pas a la photographie pour se faire des sous. Il faut être curieux, donner à manger a ses yeux pour atteindre la perfection. Et enfin rien n’est jamais acquis dans notre domaine. Il faut savoir se remettre en cause et savoir sans complaisance s’autocritiquer.

Papa Ismaila DIENG

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