Dak’Art 2018 : Le Pavillon Sénégal ouvre ‘’La Brèche’’ une solution économique fruit d’une construction culturelle

Depuis le 03 Mai 2018, Dakar vibre au rythme de la 13e édition de la biennale de l’art contemporain africain Dak’Art. Une innovation de taille, c’est le pavillon Sénégal qui souhaite mettre en exergue la créativité des artistes Sénégalais. Le thème de cette exposition est La Brèche qui cache la spiritualité, le lyrisme et l’éclectisme.  Viyé Diba en est le commissaire. Il nous a accordé un entretien où il revient sur la genèse de la biennale, son statut entre autres.

VIYE DIBA

Crédits photos: Tang Museum

Africulturelle: Bonjour Viyé Diba. Vous êtes le commissaire du pavillon Sénégal. Une innovation pour la 13e édition de la biennale de Dakar. Avant d’en venir au pavillon Sénégal, vous êtes un des témoins clés de la naissance de ce grand rendez-vous. Racontez-nous la naissance de la Biennale de Dakar.

Viyé Diba: La création de la biennale est le résultat de la combinaison de plusieurs facteurs : D’abord une question de génération d’artistes produits de la politique d’ouverture de Senghor  des années 70, laquelle génération est  arrivée à maturité  à la fin des années 80. Paradoxalement, le plan  d’ajustement structurel a créé un cadre favorable  à ce groupe d’artistes plasticiens  anciens pensionnaires de l’anciens village des arts  de l’avenue Peytavin à travers  l’ association nationale des artistes plasticiens  du Sénégal  (L’ANAPS)  nouvelle version de 1985. Ce plan a plongé le théâtre et le cinéma  dans une grande crise du fait de leur dépendance à l’état. Les artistes  plasticiens  ont résisté  et étaient les plus dynamiques. La ‘’désenghorisation’’ était en marche.  Notre association était traversée par deux courants : celui favorable au retour  à un état dominant qui n’a pas ses moyens d’action du fait de la politique en cours  et le second le nôtre, partisan de l’autonomie avec un état accompagnateur. Cette dernière ligne a finalement gagné la partie.  La tenue du salon de 1989  qui a lancé l’idée de la biennale  était l’illustration de cette prise de responsabilité des artistes dans un environnement de « moins d’état ». Cette prise de responsabilité était annoncée depuis la reprise de l’Anaps en 1985.

Quatre  étapes en constituent l’illustration : Le salon de 85 qui s’est tenu sans l’état, l’exposition Art contre l’apartheid de 1985 pour la libération de Mandela avec El hadj Sy comme président. Le salon de 1987  qui a consacré la rupture entre les deux courants cités tantôt  sous la direction de Zulu, le salon de 1988 comme celui  de la réconciliation nationale  avec la première sortie publique  du PR  Abdou Diouf suite à la crise  occasionnée par les élections   et enfin  en 1989 avec le salon sous le magistère de votre serviteur Viyé Diba qui est considéré comme  l’avènement de la reprise du leadership  culturel de notre pays  avec les cinq points de revendication suivant :

1/   la création de l’actuel village des arts  en compensation de celui de 78/83 comme lieu de cristallisation artistique

2/ L’augmentation du fonds d’aide aux artistes et au développement de la culture

3/ L’augmentation du prix du carton de tapisserie

4/ La création du grand prix du président de la république pour les arts

5/ La création d’un événement international biennal  qui nous mettrait en situation  de confrontation avec ce qui se fait de mieux au monde

Et tous ces points ont reçu approbation  d’un état  attentif au changement en cours.

Le contexte local  était marqué par un groupe d’artistes qui commençaient  à circuler   et  dont les œuvres étaient positivement appréciés au-delà de nos frontières.  La revue noire commençait à faire échos de ce dynamisme artistique  et enfin  l’exposition Magiciens de la terre du centre Pompidou  avait relancé le débat sur le contemporain. Tel est dessiné  à grands traits  le contexte de la création de la biennale

Cette année, on est à la 13e édition. Quelle appréciation faites-vous de son évolution ? La question de son statut qui revient de plus en plus ?

L’évolution de la biennale mérite une attention particulière. Conçue par le Sénégal mais financée  presque à 75% par l’extérieur jusqu’en 2010. Un grand paradoxe. Son orientation  se justifie en partie par ce fait. Maintenant  que l’état finance entièrement cet événement et en perspective du doublage du budget, nous sommes dans une autre dynamique  qui mérite réflexion. Elle est un instrument  de politique nationale et doit répondre à une nécessité de prise  d’initiatives à préciser. Elle ne doit pas être à mon avis privatisée l’exemple de la biennale de Johannesburg doit nous servir de leçon, mais plutôt lui donner une autonomie dans le cadre  d’une structure publique de droit privé avec conseil d’administration.

On a entendu durant ses deux dernières éditions des artistes sénégalais se plaindre de leur non implication. Ce  qui est interprété comme un rejet de l’ouverture de la biennale qui est devenu par la force des choses, un des plus grands rendez-vous de l’art contemporain en Afrique. Vous comment appréciez-vous cette situation ?

Ce débat sur la non implication des artistes nationaux  mérite d’être bien circonscrit. Le Sénégal ne peut pas  renoncer à son choix stratégique  de carrefour des arts visuels sur le continent, il doit simplement se donner les moyens de mériter ce choix.  C’est un problème  interne qui mérite un débat entre nous. La revendication des artistes sénégalais  illustre leur intérêt pour ce projet. On ne peut plus faire marche arrière.

Et cette année, il y a le pavillon Sénégal. Comment avez-vous accueilli le choix porté sur vous ?

Le choix porté sur ma personne est une décision du comité d’orientation de la biennale  et j’en étais surpris. Les raisons, je les ignore mais c’est une expérience très enrichissante pour moi. Le reste, c’est aux autres de l’apprécier.

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Le directeur artistique après avoir convoqué Senghor en 2016, fait appel à Césaire cette année et parle de ‘’Je suis l’heure rouge, l’heure dénouée rouge’’. Et au niveau du pavillon Sénégal, vous parlez de ‘’La Bréche’’. Qu’est-ce que vous entendez par ce thème ? Y a-t-il une résonance avec le thème général de la biennale ?

 L’heure  rouge  sonne comme une alerte, une interpellation, une invite  à trouver une solution dans l’urgence  aux graves problèmes qui traversent le continent. Et la brèche est conçue comme une possible solution en mettant au centre de ma préoccupation l’économie, laquelle économie qui est une construction culturelle  car lui donnant sa légitimité. Toutes les économies sont d’essence culturelle, comme  réponses spécifique aux problèmes  qui se posent à tous. Les termes de références qui m’ont été remis  mettaient cette dimension au centre  et c’est un  prétexte rêvé pour moi. Nous ne pouvons- pas nous donner le luxe de dépenser nos pauvres francs pour faire que de  la fête.

Trois idées se cachent dans cette brèche : la spiritualité, le lyrisme et l’éclectisme  et le mis en espace est conçue comme une promenade entre  lieu de vie, de mémoire, de recueillement, le tout ponctué d imaginaires d’artistes qui ont un rapport avec ces préoccupations

Quels sont les artistes qui vont exposer ? Sur quelle base vous avez opéré la sélection ?

 Les artistes ont été sélectionnés  sur la base de ce qui précède mais aussi en tenant compte de la politique  de  territorialisation de l’action culturelle de l’état. Je signale que  ce volet était bien mentionné dans les termes de référence. Il fallait  surveiller la qualité également.  Le reste  répond  à des prérogatives  de commissaire.

Comment évaluez-vous ou estimez-vous la valeur ajoutée de ce pavillon Sénégal pour les artistes Sénégalais ?

 Avant de se prononcer sur la reconduction du pavillon ou pas, un bilan mérite d’être fait, mais d’ores et déjà, il est passionnant. Le reste, je préfère réserver mon point de vue dans le rapport final que je dois remettre aux autorités.

Régina SAMBOU

 

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