Littérature: «L’ami intime», un roman qui peint les réalités de nos sociétés africaines

Ecrit par Abdel Hakim A. Lalèyè, qui ambitionne d’apporter sa petite pierre à l’édification de la Culture, à travers l’art cinématographique et la littérature au Bénin et en Afrique, «L’ami intime», est un roman qui témoigne des réalités qui jalonnent les relations amicales. Paru à LAHA Editions, cette belle œuvre qui nous fait savourer une histoire sur l’amitié et la confiance trahie, exprime à bien des égards, les réalités de nos sociétés africaines où les valeurs sont en crise !

PHOTO AMI INTIME

 «L’ami intime», brillant roman de poche, a tout pour être un best-seller ! D’un volume paginal qui fait aimer la lecture, (176 pages) même au cancre invétéré, ou accro du livre format de poche, ce roman opère une véritable incursion dans les relations humaines et en ressort les bienfaits, mais aussi, les malentendus, voire les difficultés patentes qui peuvent parfois conduire à la rupture.

Vers un résumé du roman

Prince et Adjaï sont les meilleurs amis du monde. Le premier est chef service dans une entreprise, tandis que le second est un chômeur indécrottable. Déçu de ne pas disposer d’une aide conséquente de Prince pour se lancer dans les affaires, Adjaï se tourne vers un babalao, pour devenir riche. Le prêtre du Fâ lui propose de lui confectionner un charme, avec son propre sperme recueilli sur les cuisses d’une femme enceinte avec qui il aurait tenu un rapport sexuel. Adjaï est désespéré. Mais un matin, il découvre que Fumikè, l’épouse de son meilleur ami est enceinte. Celle-ci dont les fausses couches sont devenues répétitives, est une victime toute trouvée. Il abuse d’elle de manière rocambolesque. Mais entre-temps, Prince lui accorde un prêt de douze millions pour l’aider à lancer sa propre entreprise. Pour Adjaï, il faut arrêter l’autre processus. Mais le babalao lui annonce que les dés sont déjà jetés.

Des signes d’une société en crise

Pour faire bref, le lecteur peut résumer le roman en une phrase : une confiance trahie, une vie partie en fumée ! Comme on pourrait bien s’en apercevoir, face à son désir de devenir coûte que coûte riche, Adjaï ne pouvait résister devant rien, pour parvenir à ses fins. Une attitude scandaleuse qui pourtant à bien des égards, n’est que le reflet de la crise patente dans laquelle baigne notre société. Un monde où, la crise d’identité demeure intimement liée à la crise de transmission que connaissent les sociétés africaines dans lesquelles l’éducation a toujours été un acte collectif, tendant à faire de l’individu une personne, c’est-à-dire un sujet qui ne peut se réaliser que dans et par l’autre. L’individu, comme singularité absolue et tragique, semble éloigner des préoccupations éducatives traditionnelles en Afrique. Les bouleversements de divers ordres ont abouti à une remise en cause de la tradition, sans pour autant que les nouvelles bases culturelles de prise en charge de l’individu ne soient établies. De nouvelles dynamiques de transmission, dépourvues de la légitimité de la tradition, apparaissent, privilégiant l’auto-construction de soi et le souci de soi au détriment de la collectivité utilisée par l’individu, comme instrument de conquête de positions sociales. C’est ainsi que des actes condamnables perpétrés par Adjaï, qui trahissent une si grande confiance bâtie durant des années, sont légion dans nos sociétés. Des sociétés où face aux maux les plus récurrents qui ont pour noms, entre autres, chômage, crise économique, pauvreté, démission des parents, mauvaise gestion des affaires de l’Etat, détournements tous azimuts, il est malheureusement pathétique, de réaliser que la perte des valeurs devient la chose la mieux partagée.

Une sanction toute naturelle

Si «L’ami intime» d’Abdel Hakim Lalèyè a le mérite d’être bien écrit et facile à la lecture, et surtout accessible à tous, il n’en demeure pas moins que l’auteur nous gave, comme il sait si bien le faire, de sanctions à la hauteur des actes de mécréance perpétrés par les personnages de peu de scrupule. Ainsi, Abdel Hakim A. Lalèyè qui, nous a le plus souvent habitués dans ses romans, à des épilogues qui sanctionnent les actes pervers et donc proscrits par les règles de la bienséance, n’a pas dérobé à sa ligne de conduite. Ici notamment, on retiendra que les appétits contre-nature d’Adjaï ont connu une sanction naturelle.

En effet, l’épilogue du roman nous soumet à une scène pathétique. Le lecteur découvre Adjaï, esseulé, sur le banc dans une maternité, totalement enragé et en sanglots. Le médecin venait de lui annoncer le décès de sa femme par césarienne, ainsi que de son enfant mort en couches !

Cir-Raoul HOUNGBEDJI

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