Littérature : « Aagan » d’Abdel Hakim Lalèyè : un voyage initiatique sur le culte « Egungun »

Votre rubrique « Lu pour vous » qui entend surtout faire la promotion des livres notamment béninois et africains vous propose pour cette parution du Magazine du Matinal, un livre peu ordinaire. Parce qu’il touche au sacré ! « Aagan », puisque c’est de ce roman qu’il s’agit, écrit par Abdel Hakim Amzat Lalèyè et paru aux Editions Laha, nous invite à travers ses 179 pages, à un voyage guidé par un initié, sur le culte des revenants dits « Egunguns ».

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La couverture de « Aagan » : un roman qui nous plonge dans les réalités du culte traditionnel « Egungun »

Une véritable plongée dans le culte traditionnel « Egungun ». Cette divinité yoruba très présente dans la tradition des peuples Nago du sud-Bénin et du Nigéria voisin. C’est ce qu’il convient de retenir, de la lecture de ce roman si attachant, que nous propose Abdel Hakim Amzat Lalèyè.

Structuré en 14 chapitres qui s’étalent sur 179 pages aussi accrocheuses, les unes que les autres, « Aagan » peut être catalogué de « roman initiatique », tant il nous présente des éléments d’analyse sémiologique et symbolique.

L’une des formules utilisées classiquement, pour définir l’initiation est fournie par l’historien des religions, Mircea Eliade : « On comprend généralement par initiation, un ensemble de rites et d’enseignements oraux, qui poursuit la modification radicale du statut religieux et social du sujet à initier ». Et là-dessus, « Aagan », roman que nous propose Abdel Hakim Lalèyè, n’échappe pas à la définition.

Une histoire pathétique

Nous sommes dans la ville d’Ilé Atchê où se déroule l’histoire. Adigoun, « Baalè » ou encore chef du culte traditionnel « Egungun », est assassiné par son frère Adéogoun qui use du pouvoir des choses de l’ombre pour s’emparer du trône. Homme sans scrupule, Adéogoun qui écarte de ce fait, le jeune héros Adéyêmi, son propre neveu, de toute velléité de succession ne parviendra pas à ramener de la forêt, le « Aagan », qui représente le premier des revenants. Lequel exploit sera réalisé par Adéyêmi, qui sera intronisé en qualité de « Baalè », c’est-à-dire chef du culte traditionnel « Egungun ».

L’auteur surfe sur le réel

Cette histoire apparemment banale, renseigne pourtant sur les intrigues qui ont cours dans le monde mystique du culte des Egunguns. Un monde qui promeut certes, une grande et riche tradition vieille de plusieurs siècles, mais qui est également miné par des actes qui compromettent dangereusement sa survie.

Certes, le roman initiatique, pour ne parler que de lui, constitue une catégorie qui ressemble à un fourre-tout où se côtoient des œuvres dont le seul point commun est tantôt d’évoquer l’apprentissage du héros, que l’on voit traverser une série d’épreuves, irriguées par un symbolisme que, à tort ou à raison, l’on croit proche de celui qui se déploie dans le cadre de l’initiation. Mais, « Aagan » d’Abdel Hakim Lalèyè, va au-delà. On découvre à travers l’auteur, un véritable initié de ce culte traditionnel, qui raconte dans les moindres détails, les réalités secrètes du couvent, sans déformation aucune.

On distingue ici cette initiation traditionnelle, qui permet le passage d’Adéyèmi à l’âge adulte, toute chose qui lui ouvre l’accès à cette société secrète. On le voit d’ailleurs subir les initiations magiques, de la part de son père, pour accéder à la possession de pouvoirs surnaturels. Ce qui lui permet de réussir à aller chercher le « Aagan » dans la forêt. L’auteur qui reste ici attaché au respect des rites de passage, éléments propres au roman initiatique, fait donc passer le héros, de la vie profane à la vie sacrée.

Des enseignements utiles

Abdel Hakim Amzat Lalèyè semble dans ce roman, nous délivrer également un message plus ou moins philosophique sur la condition humaine. On voit tour à tour, les personnages sans scrupule, payer pour les actes de méchanceté commis. D’abord, Aralamo, pour avoir été complice de l’envoûtement d’Adigoun, perdra sa fille Ojuola, elle-même violée par Adéjo, cousin du héros. Ensuite, Adéogoun qui se donnera la mort par amertume, après avoir empoisonné son propre fils Adéjo. Celui-ci, surtout pour avoir profané le culte « Egungun » subit la colère des anciens et servira de leçon à d’éventuels téméraires. Alors que pendant ce temps, le jeune héros, Adéyêmi est porté en triomphe.

Roman d’initiation qui rend hommage à l’un des cultes les plus spectaculaires et les plus complexes, « Aagan » est surtout selon l’auteur, « un regard de l’intérieur porté par un connaisseur, qui, au-delà des danses et chants que ce culte entretient, témoigne d’un fait socioculturel extraordinaire ». Son acquisition facilitée par son prix modique (2000F) et sa lecture sont recommandées à tous.

Par Cir-Raoul HOUNGBEDJI

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