Interview avec Gilles Arsène Tchedji, réalisateur du documentaire Abbé Jacques Seck, Prêtre musulman – Imam chrétien

« J’ai fait ce film pour l’humanité »

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Gilles Arsène TCHEDJI, réalisateur de L’Abbé Jacques SECK Prêtre musulman – Imam Chrétien

Gilles Arsène Tchedji est un journaliste culturel sénégalais ou plutôt un journaliste culturel béninois qui exerce au Sénégal, bref c’est le béninois le plus ‘’sénégalisé ‘’ et l’une des plus belles plumes du pays. Arrivé au Sénégal en 2002, il travaille au journal Le Quotidien où il a gravi tous les échelons. Homme de culture, touche à tout, après l’écriture il se lance aujourd’hui dans le documentaire avec son film consacré à l’Abbé Jacques Seck, ce prêtre musulman et imam Chrétien.

Qui est Gilles Arsène Tchedji ?

Je suis le «Béninois le plus sénégalisé» au pays de la Téranga pour certains, et pour d’autres je suis «le journaliste Gnack dont la plume ne tremble pas ! » (Rire) Non ! Sérieusement, je suis journaliste reporter, Responsable du Desk Culture au Journal «Le Quotidien» à Dakar et spécialiste de la communication. Licencié en Sciences de l’information et de la communication de l’Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication (ISSIC), j’ai également fait une  Maîtrise en Population Développement et Santé de la Reproduction (Ipdsr-Ucad), puis un Master II en Management et gestion des médias à l’Ecole Supérieur de Journalisme de Lille en France. Depuis 2003, je travaille au journal Le Quotidien et je fais des consultances en communication pour plusieurs organisations et structures de la place à mes heures perdues. Il y a quelques années, j’ai publié un livre aux Editions Maguilène de Alioune Badara Bèye, histoire d’immortaliser la mémoire de Monseigneur Pierre Sagna, qui a été évêque dans le diocèse de Saint-Louis. Je suis enfin Critique de cinéma et passionné de l’art africain contemporain.

Vous venez de finir un documentaire consacré à l’Abbé Jacques Seck. Pourquoi un film sur cet Abbé ?

Oui ! Ce film est intitulé : «Abbé Jacques Seck, Prête musulman, Imam chrétien». J’ai utilisé cette métaphore pour la première fois,  pour titrer un article que j’avais réalisé sur ce prélat d’exception. Plus tard, j’ai vu que cette appellation lui collait bien et que j’avais vu juste, car tout le monde a adopté cette métaphore pour le désigner dans des publications ou sur des plateaux de télévision. Abbé Jacques Seck, comme vous le savez, est une icône de notre société. Il est l’un des chantres, sinon le chantre du dialogue islamo-chrétien au Sénégal. Voilà un prêtre né d’une famille animiste, dont le père s’est converti à l’islam et plus tard sa maman s’est faite baptisée chrétienne. Il est le symbole même de la richesse du Sénégal qui s’est positionné comme un exemple à travers le monde de ce que doit être le dialogue entre les religions. Jacques Seck, prêtre catholique, a fait des études en islamologie. Et à travers sa vie, il a su véhiculer un message d’amour, que ça soit en fréquentant les communautés musulmanes ou à l’autel de Jésus Christ. Voilà un prêtre catholique qui a le courage, pendant qu’il célèbre la messe, de citer le Coran et de dire haut et fort que c’est un livre Saint et qui donne en comparaison ce que la Bible dit et qui se réfère au Coran. Très peu de prêtres ont cette audace sacerdotale. Il faut l’avouer. C’est cela qui fait le charme de ce qu’il est pour nous. Voilà également un prêtre catholique que vous rencontrez et qui tient en main un chapelet chrétien sur lequel est gravé le mot «Allah». Il n’y a pas meilleur exemple pour créer le pont entre les religions. Voilà encore un prêtre qui se balade avec la photo de Serigne Touba (Psl), en poche et qui reconnaît que cet homme est un saint parmi les saints. C’est tout cela qui m’a touché et fasciné. C’est tout cela que j’ai observé et médité longuement et qui m’a poussé à réaliser ce film, histoire de le montrer comme un modèle, un exemple. A l’heure où on parle d’islamisation, de radicalisation, de guerre de religions et où dans certains pays, on voit les chrétiens et les musulmans se faire la guerre, j’ai voulu ainsi apporter ma contribution à la nécessité de dialoguer et d’œuvrer pour la paix à travers le monde. Et en partant de l’exemple du Sénégal, avec l’histoire de l’Abbé Jacques Seck en toile de fond, j’ai voulu dire au monde, voilà ce que le Sénégal a comme richesse sur le plan religieux et qu’il veut partager avec vous.

Abbé Jacques SECK, un homme multidimensionnel

Comment a-t-il reçu le projet ?

Dès le départ, l’Abbé Jacques Seck a été partant pour se confier à mon micro. Je dois préciser que j’ai réalisé les premiers entretiens avec lui en 2010. Donc, il y a 7 ans de cela. Mais l’idée, ce n’était pas d’en faire un film. J’étais parti pour réaliser un livre sur lui. Je voulais faire sa biographie. Mais au fil du temps, je me suis rendu compte qu’il y avait trop de choses et que je ne pouvais pas faire de façon objective, l’économie de tout ce que j’enregistrais. Un jour, je suis arrivé chez l’Abbé Jacques Seck à la Procure de Dakar, accompagné de mon ami et frère Joseph Diédhiou, ancien journaliste à Walfadjri. Et au terme de notre interview, l’Abbé Jacques Seck m’a dit : «Mon fils, Dieu t’a choisi pour parler de moi et me montrer au monde. Alors je te confie mes mémoires. Tu es journaliste, tu sauras ce que tu peux en faire». Ce jour, il m’a remis un petit cahier dans lequel il se raconte lui-même sous la forme d’un testament. Ce cahier, je l’ai gardé jalousement et je me suis senti investi par une mission de véritablement rendre un hommage et montrer tout ce que Jacques Seck a fait pour l’Eglise et le Sénégal. C’est ainsi qu’en 2015, j’ai réécouté mes enregistrements et décidé de le porter à travers un film. Pour moi, un film ira plus loin encore qu’un livre. Qu’à cela ne tienne, je ferai à l’avenir un livre sur certaines confidences de Jacques Seck, car c’est un homme multidimensionnel.  Je pense que l’homme politique Jean-Paul Diaz l’a dit quelque part dans le film : «Jacques Seck est un incompris». Je crois qu’il a parfaitement raison, car je sais que beaucoup de gens le critiquent par rapport à ses positions, à ses déclarations etc. Mais lorsqu’il a été question de le dire face caméra, ces gens n’ont pas eu le courage de dire tout haut ce qu’ils ont l’habitude de critiquer tout bas. Alors que Jacques Seck, sur lequel j’ai posé ma caméra, n’a pas eu honte de dire et redire tout haut ce qu’il a toujours dit et fait. Alors qui est dans la vérité ?

Un documentaire demande beaucoup d’investissements. Sur le plan financier, comment vous vous y êtes pris ?

Je rends grâce à Dieu ! Jusque-là, j’ai tout fait sur fonds propres. Certains m’ont dit à un moment, va faire les formalités pour bénéficier du Fopica. D’autres m’ont dit : «Va voir le Directeur des arts pour qu’il t’appuie», d’autres encore m’ont conseillé d’aller vers des politiques etc. Mais je n’ai pas voulu faire ça. Il y aura toujours des gens pour dire : « Hugues Diaz est son ami, il lui a donné de l’argent » ou encore « Abdoulaye Koundoul, c’est son grand, il lui a fait des faveurs » etc. Lorsqu’on est journaliste, on est souvent mal positionné d’ailleurs pour bénéficier de ces choses. Je préfère que ces gens, en apprenant que je fais ce travail, me disent : « Ça c’est notre contribution ». Mais je n’ai pas voulu être demandeur. D’ailleurs, pour moi, c’est un film qu’il fallait faire avec abnégation et sacrifice. Je me suis donc sacrifier pour réaliser cette œuvre. J’ai également rencontré sur mon chemin des gens exceptionnels, qui se sont dit : « Un journaliste ne gagne pas beaucoup d’argent. Mais le travail qu’il fait, il le fait pour le Sénégal et la postérité… » Et donc, ils m’ont facilité beaucoup de choses. Vous me permettrez, en le disant, de rendre hommage à mon grand Mamadou Ndiaye de la Rts. Il est l’une des valeurs sûres du 7e art au Sénégal. Nos chemins se sont croisés fortuitement et il a porté ce projet avec moi, de tout son cœur et de tout son talent de monteur. Puis là encore, je note que c’est la conjugaison d’un effort entre un Chrétien catholique et un musulman pratiquant qui donne ce produit final que le public pourra savourer, lorsque l’Archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye nous proposera une date de lancement officiel du film.

Hommage national à Abbé Jacques SECK

Quelle était l’ambiance au tournage ? La post-production ?

Une belle ambiance. Lorsqu’on est avec l’Abbé Jacques Seck, on ne s’ennuie jamais. Il nous faisait beaucoup rire. Et il faisait parfois des confidences qu’il ne voulait pas voir diffuser ou écrire. Pour moi, c’était une façon de nous léguer, à nous jeunes, une part d’histoire. Il y a certaines anecdotes sur le couple présidentiel Diouf, avec qui il a de très bons rapports ou encore le couple Wade, notamment Madame Viviane Wade qui avait beaucoup d’affection pour lui etc. Mais ces choses ne sont finalement pas contenues dans le film et c’est pour cela qu’il me faudra écrire encore un livre sur Jacques Seck. L’ambiance était donc conviviale. Nous sommes allés chez lui à Palmarin, au petit Séminaire de Ngazobil ou encore au cours Sainte Marie de Hann où il a fait le pré-séminaire… Et c’était assez intéressant. J’avoue qu’il y a des entretiens intéressants que j’ai réalisés et que j’aurais voulu les insérer. Mais il fallait faire le tri. Et là, mon monteur a été intraitable. Je ne le regrette pas tout de même. Là, je suis en post-production et je laisse les techniciens faire leur travail.

Le documentaire est fini aujourd’hui. Quelle vie lui souhaitez-vous ? Comment comptez-vous faire sa promotion ?

Déjà, je souhaite qu’Animistes, Chrétiens et musulmans voient ce film. C’est un film pour l’humanité. Je projette de faire une avant-première au Grand Théâtre ou à Sorano sous la présidence effective de son excellence Monseigneur Benjamin Ndiaye. Et je vais inviter toutes les autorités, du Président de la République au plus simple des citoyens. Ce sera un moment de communion de toutes les couches de notre société, mais ce sera aussi l’occasion de rendre hommage à l’Abbé Jacques Seck pour ce qu’il représente au sein de notre société. Il est aujourd’hui octogénaire et donc, c’est maintenant que nous devons lui dire notre reconnaissance. J’espère que tout le monde comprendra et acceptera ce message pour que ce jour-là, nul ne rate l’histoire. L’autre chose que je souhaite, c’est que ce film aille dans des festivals pour que le message qui y est véhiculé aille plus loin encore, aille au-delà de nos frontières. Et enfin, je souhaite évidemment vendre le produit à une chaîne de télévision ou une maison de production qui serait intéressée.

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Capture d’image de la bande annonce: Abbé Jacques SECK avec son chapelet où est écrit Allah sur les perles

Gilles Arsène, la passion personnifiée

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Journaliste, critique de cinéma, écrivain, spécialiste en population, développement et santé de la reproduction, aujourd’hui on peut aussi ajouter réalisateur. Cette expérience, comment l’a vécue Gilles Arsène Tchedji ?

Avec beaucoup de passion. Je fais tout avec passion. Et je crois que c’est un point que j’ai en commun avec l’Abbé Jacques Seck. Quand je crois en quelque chose, je fonce sans me soucier des difficultés et je me donne les moyens plus tard de les affronter quand elles arrivent. Même si je suis journaliste, je n’ai pas reçu une formation particulière en réalisation. Je suis donc comme un cheveu dans la soupe. Mais l’expérience m’a beaucoup plu et c’est certain, je ferai d’autres films si Dieu le veut.

De nationalité béninoise, vous êtes établi au Sénégal où vous avez réussi à faire partie des figures marquantes du journalisme culturel. Après nous avoir dit pourquoi avoir choisi le Sénégal, pouvez-vous nous parler du meilleur et du pire que vous avez connus dans ce pays ?

(Rire) Le meilleur, c’est le Sénégal et le pire, c’est encore le Sénégal. (Rire). Je suis venu au Sénégal en 2002 pour les études. Et très vite, j’ai aimé ce pays. Ce pays m’a aussi adopté. Je n’ai pas honte de le dire : Le Sénégal m’a tout donné. Mais vraiment tout. Et le Groupe Avenir Communication où j’ai travaillé ces 14 dernières années m’a tout apporté. Je rends hommage à Madiambal Diagne et à travers lui toute la presse. Je fais un clin d’œil à mes confrères et consœurs du monde de la Culture. Les choses n’ont toujours pas été faciles pour nous. Mais le meilleur reste à venir. Vous parliez tantôt du pire. Oui ! J’avoue, j’ai passé des moments de douleurs effectivement, de grandes douleurs, car quand vous écrivez et que ce que vous dites est interprété au point où certaines personnes vous blâment, vous en souffrez. Lorsqu’on vous taxe de ce que vous n’êtes pas, vous avez mal. Lorsqu’on s’en prend à vous verbalement en reportage à cause de vos écrits ou de vos positions, vous finissez par vous remettre perpétuellement en cause à tort parfois. Mais il faut savoir faire table rase et avancer. Je suis quelqu’un de positif. Et je me dis qu’on apprend du passé pour aller de l’avant. Et toute chose par ailleurs dans cette vie aide à progresser. Voilà, j’aime le Sénégal, j’aime la Culture et je resterai un Culturel.

Vos prochains défis ?

Yalla moko Yor ! (Ndlr, Dieu est le meilleur).  Yalla nama Yalla diapalé ! (Que sa volonté s’accomplisse en moi !)

Le mot de la fin 

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont aidé, conseillé et soutenu dans la réalisation de ce projet. Je remercie l’Archevêque de Dakar et j’ai une pieuse pensée pour le regretté Abbé Patrice Coly. C’est à lui que j’ai dit en premier que j’avais envie de faire quelque chose sur l’Abbé Jacques Seck et il m’a encouragé et porté en prière. Il est aujourd’hui décédé, mais je prie pour le repos de son âme. Je remercie aussi l’Abbé Jacques Seck, qui a accepté de se laisser raconter. Que Dieu bénisse le Sénégal et que cette richesse qu’est le dialogue islamo-chrétien reste et demeure à jamais !

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