Musique: Ateh Bazore et Takam 2 du Cameroun, pour la promotion des rythmes authentiques

C’est au Maroc, à Tanger plus précisément, lors du Womaaf (World Music and African Art Festival, Festival international des Musiques du Monde et des Arts d’Afrique) que nous avons l’occasion de rencontrer Ateh Francis NGONG aka Ateh Bazore et TAKA Michel de Takam 2. Ateh Bazore s’est plié à nos questions et nous a parlé de la musique qu’il fait et de sa perception de la crise au Cameroun (Francophone vs Anglophone) qui au mois de septembre 2017 inquiétait beaucoup d’observateurs.

Bonjour. Si vous pouvez d’abord vous présenter ?

Je m’appelle Ateh Bazore. Je suis artiste musicien camerounais, écrivain et journaliste. Je suis à Tanger, je porte la deuxième casquette et la première puisque les deux, les trois se valent. En musique, j’ai dix albums sur le marché. Mon premier album est sorti en 1988 et j’en ai plus de 10 aujourd’hui. En tant qu’écrivain, j’ai un roman qui est dans le manuel scolaire au Cameroun pour la littérature en 4e sous le système anglo-saxon. Et il y a un autre roman qui est en train d’être terminé ainsi qu’un recueil de poème. En tant que journaliste, je suis journaliste principal à la chaine nationale la CRTV. Je travaille au poste national en Yaoundé

Et qu’est-ce qui vous a incité à venir participer au womaaf ?

J’ai fait beaucoup de festival et c’est l’organisatrice du womaaf qui est venue vers nous. Elle est camerounaise. Elle est venue et elle a émis l’idée de voir fusionner Takam 2 à Ateh Bazor. Puisque nous sommes des artistes qui ont préféré rester traditionnels et qu’on n’est pas influencé par tous les rythmes que vous voyez donc elle a proposé qu’on vienne ici et on s’est dit pourquoi pas parce que toute opportunité pour promouvoir la culture camerounaise nous intéresse. Donc je peux dire que c’est la raison pour laquelle on a décidé de venir.

Ateh Bazore et Takam 2, quels sont les aspects de la culture camerounaise qu’ils mettent en avant ?

En fait, c’est le folklore gracieux. C’est comme ça qu’on l’appelle. Je suis originaire de la région anglophone du pays à l’ouest et Takam 2 est de l’ouest, la région Bamiléké. Les deux cultures ont beaucoup de similitudes et nous travaillons sur le rythme authentique du pays. Je travaille sur un rythme qui s’appelle Diang et lui il travaille sur des rythmes typiquement Bamiléké. Donc voilà nous pensons que l’Afrique a tellement reçu qu’il attend qu’on donne et nous ne pouvons mieux donner que ce qui fait partie de nous-même : notre culture qui est notre identité. Voilà pourquoi on reste calé dans notre créneau de tradition et que nous essayons de le valoriser.

Et comment vous avez vécu ce womaaf ?

Le womaaf, je pense que ça a été une idée excellente avec quelques couacs d’organisation que j’imagine qu’on peut imputer au fait que c’est une jeune fondation qui s’est engagé peut-être. On ne sait pas peut être qu’ils n’ont pas beaucoup de professionnels pour les aider et qu’on est à un endroit où peut-être qu’ils n’ont pas la culture des festivals. Mais en dehors de cela, je pense que c’est une idée formidable. Tanger étant une ville très proche de Rome ou si bien organisé pouvait attirer beaucoup de gens qui découvriront le meilleur de l’Afrique. Donc l’idée du festival elle-même c’est une bonne idée et comme j’ai dit peut-être c’est quand ça se termine aujourd’hui qu’on pourra faire une évaluation complète mais a vrai dire comme je dis je ne nuance pas le succès mais je pense qu’on aurait pu mieux faire.

Un groupe de fusion entre différentes parties du Cameroun. Le Cameroun qu’on sait actuellement tirailler par des conflits entre francophones et anglophones. Vous, comment percevez-vous la situation qui prévaut actuellement ?

Je pense qu’en fait quand vous voyez le succès du groupe Takam 2- Ateh Bazore. Takam 2 qui est francophone. Ateh Bazore qui est anglophone, vous imaginez que si deux frères s’assoient et se parlent face à face nous ne serons pas menacés de guerre civile. Ce qu’on ne souhaite pas. L’Afrique, on a tellement parlé de nous en termes de guerres qu’on en a marre. Vous savez dans toute famille, il y a des problèmes mais les frères et sœurs doivent être en mesure de se parler et je pense que ce qui a empiré la situation dans laquelle nous vivions en Cameroun c’est qu’on ne se parle pas. Il n’y a pas eu de dialogue. Quand il y a eu tentative de dialogue, il n’a pas été franc et c’est pour cela que je dis que vraiment c’est une crise qui n’a pas lieu d’être. Oui parce que les anglophones estiment qu’ils sont traités comme les deuxièmes, comme des êtres un peu inférieurs. Honnêtement, ça aurait été mieux si on était une fédération comme c’était pensé par les pères fondateurs du pays. On ne peut pas imposer l’union surtout quand ça concerne des cultures qui sont très différentes. Je parle de ‘’anglophones – francophones’’, ‘’anglo-saxons – français’’. Mais il y a un problème un peu plus profond que je pense que l’Afrique, toute l’Afrique entière devrait vraiment considérer, réfléchir un peu plus profondément dessus : je parle du problème de la langue. Pourquoi? Peut-être au Sénégal, c’est nettement mieux parce que je suis informé et la langue nationale c’est-à-dire les langues nationales sont plus promues au Sénégal qu’ailleurs. Or, c’est l’inverse quand on vient dans les pays comme le Cameroun. On aurait pu tirer ce qui est bon des cultures étrangères que nous défendons avec acharnement aujourd’hui, créé quelque chose de vraiment africain qui puisse nous unir. Et La langue je pense est l’une de cela. Malheureusement au Cameroun, avec plus de 230, 250 ethnies chaque ethnie voulant montrer que c’est lui qui est au top c’est difficile mais c’est faisable. Vous voyez donc voilà ce que je pense de ce problème et je saisis l’occasion pour demander aux aînés, aux pères de la nation de se parler. Je suis un père de jumeaux, j’ai des jumeaux, ça c’est les enfants qui ont été conçus le même jour et ils sont nés ensemble mais il y a des fois ou ils ne s’entendent pas. Mais ça ne les empêche pas de se défendre quand ils sont dehors et qu’ils sont attaqués. Donc il faut le dialogue ici c’est la seule chose que je peux dire.

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