RDC: Aimé MPANE, des mathématiques à l’art

Une contrainte devenue passion

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Aimé MPANE devant ses œuvres commandées par la nouvelle ambassade de Belgique à Kinshasa, en République Démocratique du Congo

Africulturelle : Qui est Aimé MPANE ?

Aimé MPANE : Aimé MPANE est un artiste plasticien d’origine congolaise qui vit en Belgique. J’aime toujours dire que je navigue entre les deux pays. Ces derniers temps, je suis toujours entre ces deux cultures.  C’est ce qui fait aussi ma démarche, d’être entre les deux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’art ? La dernière fois, vous nous disiez que vous étiez à la base un passionné de mathématiques

Moi, c’est mon père qui m’a forcé à faire de l’art. Il m’a bien eu tu vois !(Rires) Je n’aimais pas du tout l’art et je trouvais que ça ne servais à rien d’étudier l’art puisque tout ce que je faisais c’était de l’art. Quand j’étais dans l’atelier de mon père, je ramassais de petits morceaux de bois et je faisais des colliers, des boucles d’oreilles, des bracelets avec ça. J’avais toujours des sous et quand j’étais petit tout le quartier savait que j’étais un bon dessinateur. A l’époque, il y avait des cinémas ruraux. Dans ces cinémas, tu avais des bobines qui arrivaient. Sur ces bobines, tu avais de petites photos. Alors chaque fois qu’il y avait un nouveau film, il n’avait pas d’affiche. Et comme il savait que je savais dessiner et que j’avais 12 13 14 ans, et que ça n’allait leur couter rien que des crayons de couleurs de gouaches, il me faisait faire les affiches. Je copiais la petite image qui était sur la bobine du film, je l’agrandissais et  ça servait d’affiches. Ainsi, j’avais des places gratuites. Donc tout ça pour moi, je faisais de l’art.

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Aime MPANE devant son oeuvre à l’Institut Français de Brazzaville au Congo, vernissage de l’exposition de la sixième RIAC. Crédits Photos: Max MBAKOP

Je ne regrette pas d’être artiste

Je bricolais, je pouvais gagner un peu de sou, je pouvais être autonome mais je ne voyais pas pourquoi étudier l’art. Ma passion, c’était les mathématiques. Moi je restais toute la journée avec mon livre de mathématiques. Au premier trimestre, j’avais déjà terminé tous mes livres alors je passais mon temps à m’amuser à étaler l’exercice à chercher comment le faire autrement. Plus ça prenait du temps plus ça faisait plaisir. Je rêvais un jour peut-être d’être un prof de mathématiques ou être un chercheur en mathématiques, mais c’était loupé. Mais je ne regrette pas d’être artiste puis je vois que mon père avait raison de m’avoir forcé à faire de l’art.

Qu’est-ce que l’art vous a rapporté?

Premièrement, c’est toute une voie qui me permet de m’explorer moi-même, de me comprendre donc ça me crée toute une quête spirituelle par rapport à moi-même, dans ma façon de travailler, ma démarche. Je trouve que l’art m’accompagne dans mon parcours sur cette terre. C’est un outil.

Ça vous a permis de trouver des réponses à certaines questions philosophiques sur ce qu’est l’homme, ce qui lui est permis d’espérer entre autres ?

Ah oui. C’est aussi une voie comme la religion, une des possibilités mais pas d’une façon canonique. Ce n’est pas bien organisé, bien structuré. C’est un peu anarchique. C’est individuel. On est libre et j’ai dû répondre à certaines questions. Parce que tout le temps, on est toujours confronté à des problèmes sociaux et tous ces problèmes l’art nous pousse à les résoudre.

Des éléments de réponses vous n’en parlez pas souvent, ce que l’art vous a appris

Ce que l’art m’a appris ? L’art m’a appris l’humilité déjà, la simplicité, la patience, puisque je travaille beaucoup avec le temps. J’aime bien observer les choses, laisser le temps faire les choses. J’ai eu tellement de hauts et de bas, ça m’a appris la simplicité en fait. J’ai appris beaucoup de choses avec l’art et j’ai appris à regarder avec les oreilles. Ça c’est quelque chose de très important. Ça te permet d’atteindre une certaine dimension de la spiritualité de regarder d’écouter avec tes yeux ! C’est ça que l’art m’a appris

Et quand on parle de l’art, des pratiques artistiques auxquels vous vous êtes adonnés la peinture la sculpture la vidéo les installations…

Moi, je dis que je suis un artiste plasticien. Au départ, je faisais de la peinture et je sculptai toujours dans l’atelier de mon père. Il était chiche avec son matériel et nous interdisait d’utiliser certains outils comme les ciseaux par exemple. C’est pour cela que dès fois, on prenait des clous on allait les mettre sur les rails. Au passage du train, le clou était aplati et avec ce clou là je pouvais l’aiguiser et travailler faire mes sculptures, mes objets. Quand je suis arrivé à la Cambre (Belgique), j’ai fait un peu de multimédia J’ai exploré tous les domaines de l’art. J’ai fait des installations. Et dernièrement j’en ai fait des installations où il y a de petites vidéos qui peuvent intervenir. Et c’est toujours au contact d’un objet que je développe mon travail.

Ce que j’ai aimé dans ma pratique, c’est le côté où l’art contemporain peut squatter n’importe quel métier, n’importe quel domaine. C’est cette ouverture-là, cette possibilité-là,  qui m’intéresse : de squatter tout afin de faire quelque chose qui peut être ouvert, qui peut être lu sous différents angles,  qui ne restent pas figer. Pour le rendre figer,  je suis obligé d’explorer toutes les possibilités qui m’arrivent donc je suis un peu touche à tout.

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Aime MPANE en plein échange avec les participants de la sixième RIAC. Crédits Photos: Max MBAKOP

Touche à tout et aussi très engagé là j’ai envie de vous poser une question par rapport à toute la polémique autour du franc CFA…. Quelle lecture vous faites de ce débat ?

Je ne suis pas beaucoup imprégné de ce sujet-là mais je sais qu’il y a toujours un problème majeur en Afrique : l’économie va tellement mal. Ça ne sert à rien de parler de ça tout le monde le sait. L’économie et la politique en Afrique, il y a beaucoup de chose à revoir. On doit poser de nouveaux fondements. On doit passer à un autre système mais  ce sont les politiciens qui doivent apporter des réponses, ce n’est pas moi.

Et comment voyez-vous la prise en charge de la culture dans nos pays ? Est-ce que vous pensez qu’il y a de réelles politiques culturelles mises en place ?

Non moi je crois qu’il y a un sérieux problème. On n’a pas de politique culturelle dans différents pays d’Afrique. Donc on n’est pas encore conscient, on se rend pas compte de la richesse que nous avons au niveau de la culture. J’ai toujours l’impression qu’on met toujours la culture de côté même au niveau budget. Il n’y que dans des pays comme l’Afrique du Sud que la politique culturelle est bien mise en évidence. On commence à voir  une petite ouverture, un petit changement. J’espère que ce sera un modèle pour les autres pays

N’est-ce pas un peu aux artistes d’imprimer une certaine démarche aux politique, leur imposer pour qu’ils prennent en charge beaucoup plus ces questions ?

Je crois que ce n’est pas vraiment ce qu’il faut faire. Il faut vraiment commencer à attaquer les problèmes aux racines c’est-à-dire l’éducation. Déjà, il faut arriver à éduquer dès l’école primaire, commencer à envoyer les enfants dans les musées, les intéresser à la culture. Moi je pense que c’est surtout l’éducation à la culture qu’il faut miser.

Qu’est-ce qui vous a poussé à participer à cette Riac

En fait ce qui m’a poussé,  c’est d’abord le contact que j’ai avec Bill KOUELANY. J’apprécie beaucoup ce qu’elle fait avec la jeunesse. Comme je dis, c’est la jeunesse qu’il faut vraiment intéresser, commencer par la jeunesse et voir plus tard. Quand elle m’a invité, je savais que j’avais un agenda chargé, mais j’ai pu me libérer. J’ai vu l’intérêt de partager avec les autres. Peut-être que je n’ai rien mais le rien que j’ai pourquoi pas le partager avec ces jeunes.

Et l’atelier que vous animez vous pouvez nous en parler

Oui c’est pour ça que je dis que moi je suis un peu touche à tout j’ai fait un peu de vidéo alors quand Bill m’a dit qu’il faut que j’anime un workshop sur la vidéo d’art … je lui ai dit que moi je vais faire un   workshop     qui sera installations et vidéo pas ‘’vidéo vidéo’’  c’est-à-dire je pars de cette idée que tout le monde peut filmer aujourd’hui.  Les images sont accessibles tout le monde peut faire la vidéo mais c’est une vidéo d’art. ça ne m’intéresse pas de développer la technique , le savoir-faire, moi c’est le vouloir l’intention  comment il va créer une bonne vidéo et comment y arriver et arriver à faire quelque chose, comme apprendre quelque chose qui peut être poétique, qui peut être vrai, qui peut être artistique et le mettre dans un environnement pas l’isoler seulement cette vidéo-là. Ce n’est pas vraiment un stage technique. C’est vraiment des réflexions tout autour de la vidéo comment on peut remettre la vidéo d’art en question, comment on peut remettre le fait de filmer en question, comment on peut interroger l’art de la vidéo.

Le mot de la fin                                                 

Le mot de la fin en tout cas merci beaucoup de votre travail ce que je dis il faut toujours diffuser le plus possible notre culture africaine….

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