19e Journées Théâtrales de Carthage: Le Sénégal brillera par son… absence !

Le théâtre sénégalais brillera par son absence à la 19e édition des Journées théâtrales de Carthage (JTC) qui se tiendra, à Tunis, du 08 au 16 décembre. Théâtre sénégalais absent malgré un représentant en la personne du professeur Ousmane Diakhaté. Explications…

Sur la page facebook des Journées théâtrales de Carthage, supposées être un festival arabo-africain de théâtre, l’on peut lire : «Tout au long du festival, les #JTC2017 vont mettre l’accent sur la pluridisciplinarité de la création théâtrale contemporaine africaine et sa richesse qui connait une évolution spectaculaire à la fois dans la forme esthétique et la pensée». Une phrase bien ampoulée au vu de ce qu’est la réalité. Car comment les JTC peuvent «mettre l’accent sur la pluridisciplinarité de la création théâtrale contemporaine africaine et sa richesse qui connait une évolution spectaculaire à la fois dans la forme esthétique et la pensée» quand tout a été mis en œuvre pour que le théâtre africain subsaharien* soit présent à son strict minimum afin de laisser plus de place au théâtre arabe ?

Pour la 19e édition des JTC, le théâtre africain subsaharien a été réduit à une infinitésimale malgré les différentes productions créées chaque année à travers tout le continent, par l’ignorance, le manque d’ouverture d’esprit, et surtout le calcul de personnes qui désirent se servir de ce festival pour arriver à leurs fins : avoir une place bien au chaud au sein de l’Institut arabe du théâtre. Alors les Africains que fi ! Vivent les Arabes !

Il est bien dommage que le directeur de cette édition, qui sera également directeur de la prochaine édition –puisque le mandat est de deux ans consécutifs–, à savoir Hatem Derbel, pourtant homme cultivé et d’ouverture, se soit laissé influencer par son chef de cellule programmation (et quelque part son éminence grise) mettant à mal le quatrième art africain subsaharien et ses représentants.

Trente dossiers d’Afrique subsaharienne reçus

Cette mise à mal se sent, d’abord, dans la programmation. Malgré la réception d’une trentaine de dossiers africains subsahariens, 3 ont été sélectionnés pour la compétition et 3 pour le panorama réduit à 2 (la compagnie de la pièce guinéenne «Ticha Ticha» s’est désistée pour faute de billets d’avion ; le transport international étant à la charge des troupes), soit 5 au total, contre 6 arabes en compétition et 9 en panorama, soit un total de 15. Sachant que pour la compétition, seulement 11 pièces peuvent y participer et que deux sont tunisiennes, cela fait 9 places à pourvoir. La logique aurait voulu qu’il y ait un semblant d’équilibre entre les pièces africaines subsahariennes et arabes ; un 4/5 ou un 5/4. Mais, cette logique n’est pas celle du responsable de la cellule programmation… Donc du coup, il n’y a que 3 pièces africaines subsahariennes, à savoir «Adjugé» du Burkina Faso (qui risque ne pas être présente à cause des billets d’avion), «4.48 psychose» de Côte d’Ivoire, et «Je tuerai le singe» du Mali, contre 6 arabes. Le palmarès semble en être joué d’avance grâce à des dés pipés…

Le Sénégal absent de la programmation encore une fois

Qu’en est-il de la présence sénégalaise ? Elle a été réduite à néant ou presque. Malgré la réception de 6 candidatures, aucune n’a été retenue. Il faut, toutefois, préciser, pour que tout soit clair, que 3 d’entre elles n’étaient pas viables. En effet, pour pouvoir prétendre à la compétition, il fallait montrer patte blanche en prouvant que la première de pièce a eu lieu après le 26 novembre 2016 (date de clôture de la précédente session du festival) et en envoyant une vidéo entière de la production afin que le comité de sélection (hors équipe d’organisation des JTC ; heureusement d’ailleurs sinon cela aurait tourné à la catastrophe !) puisse juger. «Feu rouge» mise en scène par Seyba Traoré et produite par le théâtre Daniel Sorano, «La rupture» de la troupe «Les Copin’arts» de Saint-Louis et mise en scène par Babacar Faye, et «La vie en enfer» de BMC (Les Bons Moments de la Culture) mise en scène par Moussa Drame n’ont pu fournir soit l’un, soit l’autre, soit les deux éléments, malgré les rappels. «Un nègre à Paris» de la compagnie Théâtre de la rue et mise en scène par Christian Colin n’aurait pu faire partie de la compétition puisqu’elle date de… 2012, mais aurait, peut-être, pu entrer en panorama. Deux pouvaient avoir leur chance. Il s’agit de «Et la rose s’écroula» de Dialika Sané, mise en scène par Pape Faye, et de «Rescap’art» de la troupe éponyme et mise en scène par Anne-Marie d’Oliveira. Malheureusement, le comité de sélection en a décidé autrement.

Ousmane Diakhaté, membre du jury

Toutefois, le Sénégal sera représenté par une des personnalités, et non des moindres, du théâtre ouest africain : le professeur Ousmane Diakhaté, qui, rappelons-le, est l’ancien directeur du théâtre Daniel Sorano. Il sera l’unique africain subsaharien membre du jury, au côté d’un Tunisien (président), d’un Libanais, d’un Syrien et d’une Marocaine.

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Ousmane Diakhaté, ancien directeur du Théâtre National Daniel Sorano

Le choix d’Ousmane Diakhaté, comme membre du jury, n’a rien à voir avec la coopération entre le Sénégal et la Tunisie, dont la convention culturelle signée à Dakar, le 21 juillet 1962 et ratifiée le 1er août 1963, ni avec le fait qu’aucune pièce sénégalaise n’est en compétition. Un faux prétexte puisque une pièce syrienne et une autre marocaine ont été sélectionnées pour la compétition et que parmi les membres du jury il y a… un Syrien et une Marocaine. Ousmane Diakhaté, qui, soit dit en passant, est un inconnu pour les «intellos» tunisiens du théâtre, a été choisi pour réparer une «injustice» frôlant le racisme. En effet, au départ, ce Professeur Titulaire des Universités de classe Exceptionnelle à l’UCAD devait participer au colloque ayant pour thème la «Place de la critique dramatique dans la vie théâtrale aujourd’hui et demain». Mais son nom, comme celui de deux autres Africains subsahariens, a tout simplement été supprimé de la liste par le coordinateur de ce séminaire, qui ne compte que des Arabes et deux Occidentaux (un Canadien et un Italien). Sûrement des «petits potes» à lui…

Zouhour HARBAOUI

* L’utilisation du qualificatif «subsaharien» a été voulue par l’auteure de cet article, afin d’éviter toute confusion.

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