Critique littéraire : Mélodie des larmes vu par Emeraude Kouka

Prince Arnie Matoko est né en 1982 au Congo où il vit et exerce ses fonctions de magistrat. Poète et nouvelliste, il est auteur de nombreux ouvrages dont Mélodie des larmes, paru en 2016, chez Chapitre.com

On sent poindre chez Prince Matoko l’image du poète contemporain qui, sans être enfermé dans sa retraite, vit parmi la masse et n’ignore pas les fluctuations sociales. Sa poésie a pour jalon son innutrition. Il interroge le sort de son pays, le Congo, et de son continent, l’Afrique. Il est attaché à sa terre de naissance, Pointe-Noire, et comme tous les auteurs natifs de la ville portuaire, il a un rapport fort à la mer. Il rend hommage à sa mère et dénonce ses égarements de jeunesse.

La thématique n’est pas exclusive. La démonstration d’une certaine conscience noire — à la première partie: Sur l’Afrique (page 15) — était dejà présente chez les devanciers de la Renaissance de Harlem et de la Négritude. J.-B. Tati-Loutard, dans sa postface aux poèmes de la mer, consacre une analyse au « retour aux sources » dans la « poésie nègre » qui procède de l’examen de quelque sociologie de la littérature. A peine, l’approche de Matoko a-t-elle en plus l’immédiateté de l’urgence politique, l’actualité du malaise africain comme dans le poème Détache-toi Afrique, à la page 27: ‹‹ Détache-toi Afrique (…)/ des chaînes de la haine/ (…) des fers de guerres/ (…) de ces jougs vains ››. Donc, à chaque époque ses auteurs, à chaque auteur ses combats. L’histoire retient néanmoins que le drame de l’Afrique, vu par les écrivains, fait faveur au pacte colonial et à sa ténacité.

L’attachement à terre natale n’est pas anodin. Qu’on remonte à Dominique Ngoie-Ngalla avec ses Mandouanes ou Tchicaya U Tam’si avec son Ventre, c’est même entreprise. La terre d’origine est le « lieu du cordon ombilical » (Alain Mabanckou). On ne l’oublie pas. Pointe-Noire est le berceau du poète. Elle habite sa souvenance à travers notamment la mer qu’il évoque dans un chapitre entier, page 57: Sur la mer et crée par la magie de l’élan le mot « méritude » (page 60).

L’exaltation de la mère, dans le chapitre: A ma mère, page 65, fait écho aux poèmes du guinéen Camara Laye (L’enfant Noir), des français Alfred de Musset (Poésies posthumes) et Théodore de Banville (Les cariatides).

Les fredaines fustigées ou regrettées au chapitre: Sur l’enfance et la jeunesse, page 97, invoquent une intertextualité avec son recueil de nouvelles Un voyage à New York qui présente la morale chrétienne comme un leitmotiv.

Par ailleurs, l’intention esthétique est sobre. Les métaphores sont parfois anarchiques et le rythme populiste. Le besoin d’autonomie est tel qu’il rejette avec impertinence les « mots de Molière », le « purisme liberticide » de Stéphane Mallarmé et les « rimes naïves » de Paul Verlaine dans le poème Le verbe papillon, page 54.

Emeraude Kouka, critique d’art et critique littéraire

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