Interview Ameth GUISSE, écrivain pour l’éveil des consciences

‘’La révolte des infortunés’’ est le titre du dernier roman d’Ameth Guissé. Il l’a publié aux éditions L’Harmattan.

ameth

Comment est née l’idée de faire ce livre, ‘’La Révolte des infortunés’’ ?

C’est né simplement du fait que je pense qu’il faut que nous nous inscrivons dans les thèmes qui nous interpellent. Le problème du devenir de notre continent devient de plus en plus présent dans les débats. Je me suis dit que la littérature doit contribuer à l’éveil des consciences. Ce livre n’est pas un roman idéologique ni un appel à l’insurrection. Non. Je pense qu’il faut le lire de manière positive. C’est un livre qui peut aider à prendre un peu plus en compte les préoccupations d’un peuple. Je montre ici comme un épiphénomène peut un jour ou l’autre entraîner une contestation populaire. Je veux rappeler que les peuples n’attendent pas toujours les rendez-vous des scrutins pour changer des destins. Il faut tout faire pour les inégalités se sentent moins. Aujourd’hui on a des peuples beaucoup plus exigeants et qui ont un droit de regard sur tout. Ce droit de regard peut s’exercer de plusieurs façons.

Ce qui s’est passé ici au Sénégal en 2012 constitue-t-il le point de départ de l’histoire que vous contez dans ce roman ?

Oui cela a été une source d’inspiration. Il faut l’avouer quand même. Mais je n’ai pas voulu focaliser l’histoire uniquement ici. Je pense que ce qui s’est passé au Sénégal est le lot de ce qui se passe dans pas mal de pays de la sous-région. Il y a dix jours il y a eu un soulèvement en Guinée pour les mêmes raisons que celles évoquées dans ce livre (ndlr problème dans la fourniture d’électricité). Ce qui démontre que ce qui appartient à tout le monde il faut le donner à tout le monde.

Dans ce livre vous parlez du ‘’Mouvement avant-gardiste’’, n’est-il pas juste la copie du mouvement Y en a marre parce qu’il y a beaucoup de ressemblances dans la constitution des deux ?

Je pense que ce qui est à l’origine du mouvement l’est pour tous les mouvements citoyens. Ce qui les préoccupe le plus ce n’est pas d’avoir accès à des postes mais d’aiguillonner la politique ou la gestion du bien commun. Ce qui s’est passé au Sénégal avec le mouvement Y en a marre a fait tache d’huile en Afrique. On a le ‘’Balai citoyen’’ au Burkina et des mouvements comme cela il y en a un peu partout ailleurs dans la sous-région. Cela dénote une nouvelle prise de conscience. Avant les gens se retrouvaient dans des mouvements clandestins qui ont pour objectif d’essayer de prendre le pouvoir. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et je crois que les gens savent de manière pertinente ce qui est dévolu à chaque formation. Aujourd’hui, il faudrait que ces mouvements citoyens soient une sorte de mauvaise conscience des gouvernants et les rappellent leurs devoirs. Il faut saluer la naissance de ces mouvements un peu partout et qui sont là pour être des objecteurs de conscience. Ils sont pour essayer d’orienter le bon vouloir du peuple et font en sorte que les préoccupations de ce dernier soient réellement prises en compte. La composition de ce dernier est hétérogène à l’image de Y en a marre. Il y a des rappeurs là-dedans. Mais je n’ai pas choisi ce mouvement par rapport à Y en a marre. Non. Pour moi, le mouvement rap est très important. C’est le mouvement qui exprime le mieux les préoccupations du peuple, qui vit avec le peuple et qui n’est pas là dans la romance. En cela, il joue un rôle fondamental. C’est le rôle de la musique aussi, d’un artiste, d’un auteur, etc. Ils doivent essayer de porter les préoccupations de leurs peuples.

A vous lire on se dit que les peuples sont prêts à la rébellion et non à la révolution. Est-ce le cas ?

Non c’est un décalage qu’on voit dans tout mouvement. Il y a ceux qui veulent aller plus loin et ceux qui ne sont intéressés que par la satisfaction des besoins immédiats. Sachant que c’est un mouvement spontané il ne peut pas du jour au lendemain aller au-delà des préoccupations premières. On revient un peu à l’objectif du mouvement qui n’était pas de participer à la gestion des affaires mais d’aiguillonner. Ce groupe état hétérogène certains sont plus éclairés que d’autres et il y en a qui sont plus ulcérés que les autres. Le fait que les moyens de production, l’énergie qui leur permet de gagner leur vie, d’avoir les moyens de leur indépendance leur font défaut ils peuvent engager le combat. Au moment où ils accèdent à cela ils ne se préoccupent plus des autres choses. Ainsi, les préoccupations ne sont plus les mêmes. C’est un mouvement d’ensemble, certains sont dans des objectifs beaucoup plus lointains d’autres beaucoup plus proches. C’est cela que j’ai voulu montrer. Comme c’est un mouvement spontané donc on n’est pas suffisamment préparé. Est-ce que l’Afrique est en cela préparée ? Je crois que c’est une question qu’il faut se poser. Il y a de plus en plus d’agitation aujourd’hui. Encore une fois, les gens ne cherchent pas le pouvoir mais veulent voir les choses changer. C’est ce qui s’est passé au Burkina les gens n’ont pas combattu Compaoré pour prendre le pouvoir mais plutôt pour qu’il le cède.

Vous démontrez dans le livre que c’est bien possible d’avoir une répartition équitable de l’électricité. Votre thèse est tirée de la réalité ou vous étiez dans la fiction ?

Je suis dans la fiction et je souhaiterais que cela soit réelle. Ce qui est important ici est que le mouvement avant-gardiste montre que contrairement aux arguments qu’on leur avait avancés, qu’il faut des ressources additionnelles pour pouvoir distribuer de l’électricité à toute la population il n’y a pas eu d’investissement et pourtant les choses se sont faites. Le problème était qu’il y avait une répartition inique. On ne peut pas prendre 75% de la production et l’allouer au 1/10e de la population.  Ces gens-là ont des matériels Hi tech alors que le peuple qui leur permet d’assurer les moyens de leur liberté on leur en prive. L’électricité ici n’est qu’un exemple de phénomène. Je pense que cette répartition inique on peut la lier à beaucoup d’autres choses. Les investissements prioritaires ne vont pas toujours aux populations et souvent à des choses moins prioritaires. Aujourd’hui, par exemple, Il y a des investissements qui pouvaient être alloués à la santé et qui ne le sont pas. Donc, le problème de l’électricité ici n’est qu’une métaphore. Cela pose le problème de l’arbitrage des décisions des gouvernants.

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