Musique : Awadi, Made in Africa

C’est le 16/08/2017 que nous avons eu l’occasion d’échanger avec Didier Awadi qui après trente-huit ans de carrière s’apprête à sortir un nouvel album. Made In Africa, c’est le titre de l’album totalement réalisé en Afrique. Celui qui se dit artiste africain, passionné de rap, d’Afrique, un impertinent, un libre diseur nous dévoile les différentes étapes de la naissance de cet album dont il est assez fier. Awadi parle de son blues existentiel et de son impertinence en toute liberté dans cet extrait de la grande interview que nous publions.

awadi

Credits Photo: Compte Facebook Awadi

Africulturelle: Awadi après Présidents d’Afrique, Ma Révolution entres autres albums, vous vous apprêtez à sortir un nouvel album que vous avez intitulé Made In Africa. Pourquoi Made in Africa ?

Awadi: Parce que pour montrer qu’en Afrique on peut tout faire sans complexe et avoir la même qualité que partout ailleurs. Made in Africa, c’est un album qu’on a fait ici, qui répond à tous les critères internationaux en termes de vidéo, en termes de sons, en termes de tout. Une musique 100% Afrique ! Et je suis tellement fier qu’on ait fait tout ici. Et pendant longtemps on était convaincu dans nos têtes que ce n’était pas possible mais là, on l’a fait. Mais Made in Africa, ce n’est pas seulement un album, c’est tout un projet. Un projet d’une maison de production qui va faire tout à partir d’ici sans complexe. On va faire des disques, on va faire des films, on va faire des émissions télé, du contenu, de gros événements à partir d’ici. On va faire des tournées de grands artistes à partir d’ici. C’est ça l’ambition de Made in Africa. Aujourd’hui, l’album ne sera que la première partie visible de l’iceberg.

Et dans l’album vous avez collaboré avec quels artistes, quels autres musiciens ?

Dans l’album, j’ai collaboré avec Alpha Blondy, c’est un rêve de gamin, avec Ismael Lô. On a rendu hommage à Ali Farka Touré dans un morceau avec Vieux Farka Touré. On a rendu hommage à Oumar Pene avec des artistes comme Bo Diaw et Daniella Ahanda, ma choriste camerounaise. Il y a Sizzla le Jamaïcain, et Moona la rappeuse. On a fait un morceau avec Marie Ndiaye. C’est plus ou moins eux, je ne sais pas si j’en oublie, mais y a du monde dans l’album.

Apparemment, c’est plus les jeunes que vous avez associé dans cet album ?

Oui, non… Je ne pense pas qu’Ismaël Lô et Alpha Blondy soient très jeunes. Mais c’est vrai que je travaille beaucoup avec les jeunes. En tout cas pour la production, pour les musiques cette fois ci, je n’ai fait que les arrangements mais pour les productions des beats, j’ai fait confiance à des jeunes. Un jeune de Côte d’Ivoire qui vit au Sénégal qui s’appelle Akatché , un autre qui vient du mali Ben Aflow, mes musiciens. Il y a même mon fils qui a fait de la direction artistique sur l’album parce que j’avais besoin de cette fraîcheur et de cette autre vision. Quand vous faites de la musique pendant longtemps, facilement vous risquez de rester dans votre zone de confort. Vous allez refaire la même chose. Et je n’ai pas envie de faire la même chose, j’ai envie de faire autre chose, où je prends du plaisir, je m’éclate. La musique, c’est le moment où je dois prendre du plaisir. C’est ma passion, mais elle est régénérée par beaucoup d’apports extérieurs. Des gens qui viennent avec d’autres vibes. Par exemple Eddy Kenzo, il est venu d’Ouganda il m’a apporté une autre vibe sur un morceau, vraiment au feeling et moi je travaille au feeling.

Alpha Blondy c’était mon rêve de gamin, Ismaël Lô aussi. Ali Farka Touré on se voyait souvent chez Aminata Traoré à Bamako et je rêvais de faire un truc avec lui malheureusement il est parti avant que j’ai pu réaliser ce rêve. Donc j’ai appelé son fils, il est venu à Dakar et on a fait un morceau qui s’appelle Bamako Blues. Ça m’a fait trop plaisir parce que je suis profondément panafricain. Par exemple quand je faisais l’album Un autre monde est possible, je suis resté très souvent au Mali et j’ai beaucoup travaillé avec des gens comme Toumany Diabaté, j’étais dans des cercles avec les Aly Farka et tout ça. J’aime beaucoup cette influence du Mandé avec toutes ses sonorités différentes. Un album c’est un moment de plaisir, de partage et de communion, c’est des moments de vie qu’on grave sur un disque.

Peut-on savoir s’il y a un morceau avec lequel vous avez eu une relation particulière dans cet album ?

C’est Bamako Blues. Parce que Bamako Blues quand je faisais ce morceau, j’avais déjà enregistré presque tout l’album. Je n’avais pas envie de le sortir parce que je me demandais est ce que ça valait la peine. J’ai fait pratiquement trente ans de carrière, j’ai 48 ans, est ce que j’ai envie de ça? Mon business marche, je vis globalement très bien. Est-ce que j’ai encore envie de sortir un album. Je vais à Bamako et j’avais beaucoup de gens qui m’avaient planté des couteaux dans le dos, vraiment des trucs qui vous font mal personnellement mais que vous ne pouvez dire nulle part. J’étais dans une période assez sombre où j’avais un certain blues. Je n’avais même plus envie de jouer. Les gens me disaient qu’ils avaient besoin d’un concert c’est payé tant mais je disais non, je n’avais pas envie. Beaucoup de gens autour de moi ne comprenait pas. Ils se disaient qu’est-ce qu’il fait ? Il se la joue ? Il fait sa star ? Mais je n’avais pas envie. C’est juste ça. Vous ne le sentez pas, vous ne le faites pas. Faut pas se forcer à faire des choses même pour de l’argent. Et donc j’arrive dans un studio d’un copain, un petit frère malien Tal B m’invite pour faire un titre. Je vais dans le studio, j’écoute la musique sur laquelle je pose, je leur dis ‘’le morceau est bien. C’est un instrumental que vous avez téléchargé ? Ils me disent non, non. C’est le petit-là qui a fait la musique. Ok. C’est vous qui avez fait le son là ? Oui, oui c’est moi. J’ai dit vous avez d’autres sons ? Et j’écoute’’

On écoute plein de titres, très américain et tout ça puis brusquement paf : un truc avec des guitares de Aly Farka Touré, un truc blues, avec des batteries très Trap. On se dit c’est quoi ce mélange de folies et le morceau m’a parlé. C’était du blues, et j’étais dans une période de blues moi-même. J’ai demandé si je pouvais avoir cet instrumental et je suis retourné dans mon hôtel et j’ai réécouté le morceau et plus je l’écoutais plus ça me mettait la pression. Et ça m’a redonné envie d’écrire. Et j’ai écrit ce texte d’un coup. J’ai dit tout ce que j’avais sur le cœur. C’est sorti vraiment d’un coup sur cette musique. Et ça m’a redonné envie de ressortir l’album quoi. Il a fallu ça pour que je me dise écoute, vas-y là c’est bon. Il y a des moments vous vous dites,  j’ai eu tous les honneurs, j’ai fait plein de choses est ce que ce n’est pas le moment de passer à autre chose ? Mais vous vous rendez compte que cette passion la, le feu là, the fire is still burning. Tant que le feu brûle, vous devez accepter.

Impertinent, ce titre c’était pourquoi au fait ?

Impertinent parce que très souvent on m’a traité ainsi. Et quand il y avait des événements importants, on dit : ‘’wé on a pensé à vous mais les autres ils ont dit faut pas vous mettre vous allez mal parler. Y a des autorités qui sont là et c’est un truc important. Il y a des personnalités qui sont là et ils disent que vous êtes impertinents.’’ Je dis ah bon je suis impertinent. Ok, ça me plait, ça fait plaisir. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui ne me plaisent pas, si j’imagine que je leur plais, il y a problème. Donc s’ils me traitent d’impertinent, je dis qu’ils me rendent hommage. Ça ne me choque pas au contraire. J’assume : je suis un impertinent. Mais je sais que ce qu’ils appellent impertinence c’est ma liberté qu’ils ne peuvent pas accepter. J’ai des amis qui sont dans le gouvernement ou dans les hautes sphères avec qui on a galéré, avec qui on a grandi et qui ne comprennent pas que je n’ai pas envie de rejoindre parce que je suis juste à côté, je connais tout le monde, je pourrais avoir ci ça mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Moi je suis bien là où je suis. Donc si vous dites que je suis impertinent, tant mieux. Ça veut dire que ce que je dis, rentre dans vos oreilles. Puisque vous dites ça, je vais vous montrer que j’assume. Et donc on a écrit impertinent. Ils ont juste dit ce qui est vrai. J’ai toujours été comme ça et pour rien au monde je ne changerai. C’est trop tard pour changer de toutes les façons.

Pourquoi attendre pour la sortie de l’album ?

Parce que j’aimerai faire d’autres vidéos. Parce qu’il y a un ou deux artistes avec qui j’aimerai collaborer. Et puis je veux bien préparer la sortie. Parce qu’aujourd’hui le marché de la musique a tellement changé que vous ne pouvez pas sortir un disque comme avant. Aujourd’hui la musique ne s’écoute pas, elle se regarde. On dit souvent ‘’vous avez vu le nouveau son d’Awadi ? Pas vous avez écouté’’ Et vous le regardez sur le téléphone donc vous devez faire beaucoup de vidéos, répondre aux critères internationaux, c’est beaucoup d’argent. Faut travailler avec les meilleurs et prendre de temps de bien faire les choses sinon vous vous plantez. Et je n’ai pas envie de me planter.

Pour les clips déjà réalisés vous les avez faits avec qui ?

C’est avec l’équipe Sankara parce qu’entretemps on a beaucoup investi dans du matériel cinéma et chaque fois on fait attention maintenant parce qu’on m’a beaucoup critiqué. Y a un ami qui m’a dit y a deux leaders de la musique sénégalaise qui sont très bons et qui sont nuls en vidéo. J’ai dit qui ? Il m’a dit Youssou et vous. Je lui ai dit mais c’est insultant ce que vous dites. Il me dit non mais vos vidéos sont pourries. Vous ne faites jamais des vidéos à la dimension que vous êtes. Donc maintenant on a acheté du matériel vidéo, avec du matos cinéma, on va prendre le temps de faire des vidéos qui sont de bonne facture parce qu’aujourd’hui vous regardez sur les chaînes internationales le niveau des vidéos ça a tellement évolué que si vous vous appelez Awadi et que vous faites des petites vidéos les petits vont rigoler et vont dire le vieux père il faut qu’il arrête. Et comme il n’arrive pas à arrêter parce qu’il est tout le temps aussi passionné il va faire des efforts pour faire des vidéos correctes.

Pour la promotion de l’album, au-delà des vidéos, vous avez prévu des tournées ?

On est en train de chercher tous les deals avec les tourneurs. Il y aura la communication digitale aussi. Ça c’est un autre aspect. Les gens pensent qu’il suffit de mettre sur Facebook, non. Il y a beaucoup d’argent à mettre sur internet si vous voulez être vu sur internet parce que vous êtes dans un océan. Donc pour être vu, il faut savoir comment communiquez, comment ciblez sur le net. Si vous passez par google, youtube, instagram, snapchat, comment communiquez sur tous ces nouveaux outils. C’est un nouvel exercice pour moi. On est obligé  de se remettre en question et de réapprendre comment ça se fait. Même pour le Sénégal je suis en train de réapprendre. Je refais de la promo. Vous vous rendez compte ? Moi je n’allais plus en radio mais aujourd’hui je suis obligée d’aller en radio pour défendre mon truc, être obligé de rentrer un peu partout pour re-comprendre comment tout ça marche. Donc je suis repartie à l’école et c’est impressionnant j’apprends beaucoup de tout ça et comment ça marche.

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