Théâtre: «Maman, tu sais…J’ai été violée»

C’est la toute première pièce de théâtre de l’actrice zimbabwéenne Gertrude Vimbayi Munhamo. «Lamentations @12» questionne certaines de nos traditions africaines, porte ouverte à de nombreux abus.

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«La toute première pièce que j’écris… »

Je m’appelle Gertrude Vimbayi Munhamo. Je suis une actrice au Zimbabwe, je fais beaucoup de télé, beaucoup de voix, j’écris un peu, mais c’est vraiment la première pièce que j’écris : «Lamentations @ 12». La pièce a été produite par Daves Guzha, le propriétaire de Rooftop Promotions, une compagnie de théâtre réputée au Zimbabwe, que j’ai approchée, après avoir écrit ma pièce de théâtre.

Les gens ne croient pas facilement en vous lorsque vous êtes une femme, et que c’est votre toute première pièce de théâtre. Daves Guzha a accepté de travailler avec moi. Il m’a encouragée à écrire.

La pièce : « Lamentations @ 12 »

 «Lamentations @ 12» parle des jeunes filles en Afrique. Les jeunes filles en Afrique, ou si je prends l’exemple du Zimbabwe, sont tous les jours victimes d’abus. A chaque heure qui passe, il y a trois jeunes filles qui se font violer, et j’ai donc décidé d’écrire une histoire à propos de ces enfants, parce que, à cet âge, elles ne parlent de ces abus à personne, elles n’en parlent pas à leurs mères, et elles n’iront pas leur dire par exemple : «Maman, tu sais…J’ai été violée…Maman, quelqu’un a touché ma poitrine…» Elles n’en parlent pas, parce qu’elles sont terrorisées, parce qu’elles sont vulnérables.

Et j’ai donc voulu leur donner une voix, parler pour elles, parce qu’il y a différentes traditions et cultures qui rendent nos enfants vulnérables, qui les exposent à des abus.

Le «kutambu chiramu»

Au Zimbabwe par exemple, il y a cette tradition, le «kutamba chiramu», qui suppose que, si je suis mariée, mon propre frère a le droit de toucher à ma fille, de lui toucher la poitrine ou le postérieur, parce que c’est «sa femme». Vous entendrez même la maman dire à sa fille : «Tu sais, mon frère est ton mari». Et vous savez, quand un enfant est exposé à ce genre de choses, il devient confus, et même lorsque son oncle a des gestes déplacés, l’enfant n’en parle pas.

«C’est mon frère, il a le droit de te violer».

C’est une sorte de blague, mais c’est très sérieux, il y a beaucoup d’abus, et il n’y a même pas de justice pour eux, parce que la mère va dire : «Non, c’est mon frère, il a le droit de te violer».

Un autre exemple…Il y a certaines églises, ou certaines religions, qui sont capables de prendre un enfant, un bébé, et de décider que c’est leur épouse. Il y a en ce moment une religion comme celle-là au Zimbabwe, où l’on peut venir et vous dire que l’Esprit a dit que tel enfant était son épouse. Ils prennent l’enfant avec eux, restent avec lui, c’est très dangereux, et cet enfant est victime d’abus sexuels, à un âge très tendre.

Le «kuripa ngozi»

Il y a encore une tradition très douloureuse que l’on appelle «kuripa ngozi». Dans le «kuripa ngozi», si un membre de ma famille tue quelqu’un, d’une autre famille, cette famille prend une fillette de ma famille, de six, huit à dix ans. Ils en font une épouse, et n’importe quel homme du village peut avoir des relations sexuelles avec elle, à tour de rôle, pour remplacer l’enfant qui a été tué.

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