Patrimoine Unesco: Saint-Louis en voie de réhabilitation

Depuis un peu plus d’un an Saint-Louis est au centre des préoccupations des amoureux du patrimoine. Depuis juin dernier, à la dernière réunion du comité mondial du patrimoine à Cracovie, les choses ont un peu évolué. C’est ce qu’explique, entre autre, dans cet entretien le directeur du patrimoine culturel Abdoul Aziz Guissé.

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Abdou Aziz Guissé, directeur du patrimoine culturel au ministère de la Culture

L’Unesco menaçait de mettre Saint-Louis sur la liste du patrimoine en péril. Qu’en est-il exactement aujourd’hui ?

Saint-Louis est toujours sous la menace mais elle n’est plus écrite. Les dernières résolutions du comité du patrimoine mondial disait très clairement dans la dernière phrase qui est toujours la recommandation finale si d’ici 2017 la situation n’évolue pas le site sera inscrit sur la liste du patrimoine en péril. C’était acté et presque une inscription. Cela a gêné tout le monde. A Istanbul l’année passée quand cela a été fait pour la 2e fois d’ailleurs lors de la réunion du comité du patrimoine mondial les gens se scandalisaient. Parce que sur le principe on peut dire non on ne le met pas. Soit on est sur la liste du patrimoine en péril soit on ne l’est pas mais on ne peut menacer comme ça. Nous avions jugé important de l’utiliser susciter un sursaut à Saint-Louis d’abord ensuite dans tout le pays. C’était pour que les gens comprennent un peu que les experts que nous sommes n’avons pas toujours la tâche facile d’aller défendre Saint-Louis, d’essayer toujours de reculer l’échéance, de prolonger le sursis. On s’est dit, on s’arrête et tout le monde est invité au débat. Je dois avouer que cela a été très bénéfique. Les acteurs culturels saint-louisiens ont été informés grâce à la presse qui nous a beaucoup aidés. Tous les journalistes ont dit Saint-Louis risque d’être déclassé. On a laissé passer parce que cela constituait un choc chez le lecteur.  Cela a servi. Tout le monde s’est donc plus ou moins penché sur le cas de Saint-Louis, les Saint-Louisiens en premier, les autorités administratives, etc. Les sentinelles du patrimoine dans cette ville c’est vraiment la société civile. Ce sont des comités de quartier, des associations qui travaillent au jour le jour pour préserver Saint-Louis.

Qu’ont-ils fait exactement ?

Des jeunes très dévoués par exemple voient des gens faire des travaux. Ils soupçonnent que ce n’est pas autorisé, ils les arrêtent et alertent tout de suite la police, la direction du patrimoine, le gouverneur. Quelque fois c’est à leurs risques et périls .On intervient et on vérifie s’il y a une autorisation de démolir ou alors de construire et qu’est-ce qu’elle dit. Elles nous ont aidé ces associations et sont même arrivées finalement rallier le privé à notre cause. C’est ce qu’il faut saluer à Saint-Louis. Une personne assez célèbre même si on ne veut personnifier le combat, Amadou Diaw de l’ISM s’est engagé en mettant de l’argent. C’est la première fois que quelqu’un le fait pour la sauvegarde du patrimoine. Il y a des maisons qui doivent être réhabilitées et qui ont des problèmes soit parce qu’on ne connaît pas les héritiers soit parce qu’elles sont complètement abandonnées. M. Diaw discute alors avec les familles, se met d’accord avec elles et réhabilitent la maison avec un bail peut-être. Cela peut accueillir un commerce ou quelque chose d’autre. La maison va ainsi revenir à ses ayant droits avec de l’argent et réhabilitée en même temps. Pour nous c’est le patrimoine de Saint-Louis qui est réhabilitée. Parallèlement le gouverneur avait convoqué un CRD avec le ministère de la Culture pour sensibiliser les uns et les autres et finalement pour la première fois au Sénégal à un conseil interministériel sur la sauvegarde de Saint-Louis. Le Premier ministre donc avec une dizaine de ministres a dit qu’il faut régler le problème de Saint-Louis. Il y a eu beaucoup de recommandations faites au cours de cette rencontre et qui sont en train d’être mises en œuvre. Nous avions suffisamment de choses lors de la dernière réunion du comité du patrimoine mondial à Cracovie en Pologne pour dire que les choses sont en train de changer. Ils nous ont dit on salue les efforts de l’Etat mais les recommandations restent les mêmes. Il faut sauver donc le patrimoine de Saint-Louis. Je reviens d’une réunion sur Saint-Louis (ndlr vendredi matin). L’AFD (ndlr agence française de développement) avait, avec le gouvernement du Sénégal, mis depuis 2012 une quinzaine de milliards pour le patrimoine de Saint-Louis.

Le programme concerne l’ensemble du patrimoine de la vieille ville ou vise certains aspects de ce dernier ?

C’était pour réhabiliter les places, les quais, etc afin de permettre à Saint-Louis d’avoir une valeur ajoutée pour le développement touristique. C’est pourquoi le programme est nommé PDT (programme pour le développement touristique). Il a connu beaucoup de problèmes, de lenteurs. Là il est vraiment dans une dynamique de réorientation l’Etat a pris des mesures. Ce sont d’ailleurs à partir du conseil interministériel que ces dernières ont été prises. On est en train de les appliquer. Je reviens d’une réunion je vous ai dit au ministère des Finances avec l’AFD et les acteurs de Saint-Louis et nous pensons que beaucoup de choses vont être faites notamment la réhabilitation urgente de la Cathédrale qui était engagée mais qui est encore en souffrance. Le Président a déjà commencé celle de la grande mosquée, la Gouvernance, etc. Beaucoup de sites sont concernés par ce programme.

Restons sur Saint-Louis, y’avait-il des risques sur les menaces de l’Unesco si jamais la statue de Faidherbe n’était pas remise à sa place ?

J’étais là quand elle est tombée et quand il fallait la déplacer pour la mettre dans un lieu sûr en attendant de décider de sa réimplantation. Cela a suscité beaucoup de débats sur place même. C’était au lendemain de la célébration des ‘’deux rakkas’’. Moi, j’ai toujours une lecture technique qui est celle du professionnel du patrimoine. Je n’ai pas voulu me prononcer sur la question purement historique ou religieuse. L’histoire de la colonisation nous l’avons et ne pouvons pas l’effacer. Si nous devions effacer tous les symboles qui rappellent les affres de la domination coloniale, de l’esclavage, on va reconstruire des villes, raser des monuments historiques. Ce n’est pas uniquement à Dakar et à Saint-Louis. Dans presque toutes les régions vous retrouverez des bâtiments de l’administration coloniale. La maison des esclaves est là et c’est un symbole, un devoir de mémoire. C’est pour dire voilà ce qui s’est passé et plus jamais ça. S’il n’y avait pas cette place Faidherbe, cette gouvernance où s’est passée une partie de l’histoire de ce pays et celle même du vénéré Cheikh Ahmadou Bamba y’aurait-il la célébration de ces ‘’deux rakkas’’ ? Pour ceux qui célèbrent cela c’est un peu pour montrer comment la grandeur de cet homme a pu vaincre la colonisation là où les résistances armées ont échoué. Il a réussi par la culture et la spiritualité à vaincre là où les armes n’ont pu le faire. Les gens qui viennent prier chaque année, ils ne le font pas à Njoloffène ou à Khourounar. Ils le font à la Place Faidherbe pour dire hier c’était lui l’homme fort aujourd’hui la force revient à Cheikh Ahmadou Bamba. Les gens le célèbrent sur cette place. Si elle n’existait pas il fallait peut-être même la recréer pour montrer que c’était ici où il y a eu l’injustice et la domination. Il est important que cette place soit là. On peut visiter la chambre où Cheikh Ahmadou Bamba était. Si on doit raser cette place autant le faire avec la gouvernance, etc. Le symbolisme et l’importance qu’a eue  la bataille, la lutte de Cheikh Ahmadou Bamba n’aurait peut-être pas eu tout cet impact sur les populations sans cette place. Cette place qu’elle reste, moi cela ne me gêne pas.

Mais s’agissant de l’Unesco quel aurait pu être l’impact ?

Sur le plan Unesco, on a classé Saint-Louis par rapport au patrimoine historique classé. Ce qu’on a classé à Saint-Louis c’est beaucoup plus les attributs physiques de ce tissu urbain, ce patrimoine architectural. C’est pourquoi quand vous démolissez une maison à Saint-Louis, on vous menace de vous mettre sur la liste en péril. Je dis une maison alors qu’il y a des monuments historiques majeurs comme la Gouvernance, la Place Faidherbe, les deux Rognât. C’est un peu tout ce qui tourne autour de la place forte et qui détermine le plan orthogonal de la ville de Saint-Louis. Vous enlevez une partie de tout cela, ça pose problème à l’Unesco. C’est le Sénégal qui a fait classer Saint-Louis sur la liste du patrimoine mondial. Le Sénégal assume donc sa responsabilité en tant qu’Etat parti. Ce n’est pas une façon de nier l’histoire. Elle est là, on l’assume mais on le fait positivement. Je suis d’accord quand on parle des héros nationaux. Notre politique au ministère de la Culture c’est de dire au lieu de mettre énormément d’argent dans la réhabilitation des monuments historiques comme nous l’avons toujours fait pourquoi ne pas réhabiliter les lieux de mémoire liés à nos grandes figures historiques et religieuses auxquelles les populations sont plus attachées. En 2015 on a réfléchi et on a élaboré un programme qui est financé. Ce n’est pas pour rien qu’on a réhabilité la tombe de Buur Sine Coumba Ndoffène parce que les Sérères se retrouvent en lui qui avait vaincu Maba. Les Sérères n’ont pas dans leur civilisation l’habitude de créer des monuments pour célébrer leurs morts comme les Egyptiens avec leurs  pyramides. Aujourd’hui, on y a fait un mausolée. C’est important. Il va drainer des pèlerinages historiques et religieux vers ce site. On a réhabilité Maba également à côté. On l’a fait avec les mosquées omariennes. On leur donne ainsi plus de respect et de considération. On le fait pour les mosquées d’Abdel Kader, un des Almamys les plus célèbres du Fouta. Nous avons fini de réhabiliter les mosquées anciennes de Karantaba et de Bagher en Casamance ainsi que l’église de Carabane pour faire un maillage national. Il est prévu la construction d’un musée historique à Dekhelé pour célébrer Lat-Dior. On fait une case historique à Nder. Si vous allez aujourd’hui à Nder rien ne vous dit l’histoire de ces femmes physiquement. Des projets comme ça, on en a beaucoup.

Qu’en est-il des sites délabrés ?

Nous avons 380 sites au Sénégal qui sont classés. Ceux qui ne le sont pas sont les plus importants pour les populations le plus souvent. Sur ceux qui le sont 50% sont du colonial et ils sont tous délabrés parce que ce sont de vieux bâtiments. On ne peut pas tout le temps les réhabiliter s’ils n’ont pas de destination. Si on restaure la gare de Coky qui n’est plus utilisée c’est pour en faire un complexe pour les femmes et les jeunes. Il y a une destination. On n’a pas les moyens de réhabiliter tous ces 380 sites donc on les oriente suivant les perspectives économiques et les attentes des populations qui habitent dans ces zones. De 2007 à 2015, l’ensemble des sites réhabilités ne font pas dix, pour être plus précis c’est 9. En 2016, on a eu 20 lots de travaux. Aujourd’hui, il n’y a que 4 qui n’ont pas été réceptionnés. En un an,  on a fait le double de ce qui a été fait en 10 ans.

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