Salia Sanou : « La danse, un secteur à soutenir par les pouvoirs publics en Afrique. »

Salia Sanou est un danseur chorégraphe qu’on ne présente plus, natif du Burkina Faso. Il vit en France, et travaille entre ses deux pays, de deux continents qui lui sont chers : l’Afrique et l’Europe. Africulturelle l’a rencontré lors de son passage à Dakar dans le cadre de la 9e Edition du festival Kaay Fecc (19 au 21 Mai 2017) qui avait pour thème : Résilience.

Qu’est-ce qui vous a incité à venir participer  au festival Kaay Fecc ?

Kaay Fecc est un festival qui accueille des artistes danseurs venant de partout. J’ai la chance de venir souvent au Sénégal, de faire des formations en direction des jeunes danseurs et chorégraphes. Et puis là, j’ai été invité à présenter une performance avec le slameur Souleymane Diamanka, un auteur. J’aime beaucoup ce qu’il écrit et sa façon de déclamer la poésie. Nous nous sommes rencontrés justement à Dakar et c’était l’occasion d’expérimenter quelque chose sur scène, en direction du public.

Parlez-nous de cette expérimentation : A quelle forme de danse vous vous êtes adonnés ?

C’est un travail de recherche. Le projet continue. Sur la danse, d’abord nous avons trouvé une matière recherchée, à base d’improvisation et puis essayé de décaler toujours le rythme, la danse. C’est vrai la danse traditionnelle fait partie de notre bagage, de notre patrimoine. Mais nous sommes allés chercher d’autres choses, du mouvement, sur l’enfance, l’adolescence, sur l’adulte… Ce sera un peu la trame de notre création où il y aura de la poésie, le texte déclamé, slamé parfois. Nous essayons de montrer comment le mouvement du corps et la parole peuvent être en écoute l’un vers l’autre, et aussi comment ces deux disciplines artistiques peuvent cohabiter sur la scène. On essaie de chercher une nouvelle forme. C’est vrai que le théâtre, la danse sont des choses qui d’habitude se font ensemble mais là tout le challenge pour nous sera de trouver une autre forme innovante qu’on va arriver à montrer et que le public va découvrir. Quelque chose d’autre qui n’a jamais été vue.

Vous êtes dans la danse. Vous voyagez beaucoup entre différents continents. Quelle est la perception que vous avez par rapport à l’état de la danse dans ces différents continents ?

En Afrique, déjà je pense que ces quinze dernières années il y a eu une belle évolution de la danse. Aujourd’hui, le tissu chorégraphique africain est très riche. Quand vous venez au Sénégal, vous avez Germaine Acogny, Andréa Wamba, de jeunes chorégraphes comme Fatou Cissé… Ils sont nombreux à essayer de faire exister une autre forme de danse.

Quand vous venez au Burkina, j’ai mon centre de développement chorégraphique. Il y a Irene Tassembedo qui a été formée à Mudra Afrique. En Côte d’Ivoire, au Kenya, en Afrique du Sud, vous avez des compagnies qui émergent, des structures, des écoles, des centres de danse qui permettent aujourd’hui à la création chorégraphique de signer ses lettres de noblesse. On connait la danse traditionnelle africaine qui est souvent folklorisée mais cette nouvelle forme de danse, de créations contemporaines qui parle de notre temps, qui témoigne de la vie d’aujourd’hui, ça c’est quelque chose qui est en train de prendre un essor sur le continent africain depuis ces quinze ou vingt dernières années. Il y a une belle avancée dans ce sens. Je pense qu’à travers le monde, la danse contemporaine et danse classique sont très présentes. Un pays comme la France est arrivée à mieux structurer l’univers, l’espace chorégraphique en créant des centres de danse, des centres chorégraphiques dans chaque région et je pense qu’il faudrait qu’un jour en Afrique on en arrive à ce que les pouvoirs publics investissent davantage dans cette discipline. C’est aussi une valeur humaine, une valeur économique qui est en jeu.

Moi je suis dans la danse. Des gens comme Didier Awadi font de la musique. L’économie que ça apporte, c’est non négligeable. Il y a cette valeur humaine qui est dans l’art, la danse. Mais il y a aussi la valeur économique. On est à la traine en Afrique mais je pense qu’il y a des choses qui peuvent être améliorées. L’Europe a beaucoup avancé par rapport à nous. L’Asie, les Etats-Unis, où cette forme de danse aussi est née. Chaque continent a ses avancées, ses faiblesses. En tout cas, la danse à travers le monde c’est quelque chose qui est important.

Prenons l’exemple de votre pays le Burkina Faso où il y a des écoles de danse dont la vôtre. Si vous pouvez d’abord nous la présenter.

C’est le centre chorégraphique de danse qui s’appelle ‘’La Termitière’’. Il a été créé en 2006. Aujourd’hui il a onze ans et c’est un lieu vraiment dédié à la formation, à des résidences, et beaucoup de jeunes danseurs burkinabés et de l’Afrique sont sortis de là. C’est un espace qui pousse chacun qui a envie, de venir, pour découvrir. On a un grand studio de danse comme il se doit, équipé en tapis de danse, le sol, le plancher… Beaucoup ont pu entrer là et créer une œuvre chorégraphique pour ensuite faire des tournées. On a la chance d’avoir ça et on fait de la formation, des résidences et on est en complémentarité avec des lieux comme l’Ecole des sables, les festivals dans d’autres pays… C’est un lieu important de la création chorégraphique africaine.

Et comment ce lieu fonctionne-t-il ? Est-il autonome ? Bénéficie-t-il de subventions étatiques ?

On a un soutien de l’état. C’est un lieu où on est arrivé à imaginer une forme statutaire qui permet à la ville, à l’Etat, aux privés et à d’autres institutions d’être dans le conseil d’administration. Le fait qu’on soit arrivé à mettre en place une structure ouverte comme ça, permet d’avoir une continuité.  La subvention, bien que modeste parfois, permet de pérenniser le projet. L’Etat prend en charge l’électricité et l’eau. C’est très important. En Afrique quand une structure n’a pas de souci pour payer les factures d’eau et d’électricité, c’est déjà quelque chose de gagner. Il y a la mairie qui nous accompagne sur les dépenses de fonctionnement telles que l’entretien de l’espace, le gardiennage…

Après, pour faire vivre le programme artistique, on est obligé d’aller demander des partenariats avec les ambassades de France, des Pays bas, de la Belgique ou la Francophonie pour pouvoir mettre en place les projets. Mais on arrive toujours à équilibrer.

Ce n’est pas un lieu qu’on va louer pour faire des rentrées d’argent parce que notre mission c’est de permettre à la jeunesse, à des gens qui n’ont pas les moyens de venir répéter là, créer leur spectacle. Donc ils n’ont pas d’argent. On se charge de cette mission publique.

Vous en tant qu’acteur culturel, comment percevez-vous les péripéties de Irene Tassembedo avec son école Edit qui a été délogé ?

C’est regrettable. Je pense qu’il a manqué d’une sorte de vision sur le long terme par rapport à cette école. Irène est pleine de bonnes volontés, elle a de l’énergie, elle est importante dans le paysage chorégraphique au Burkina et en Afrique mais une école…

Ce n’est pas parce que c’est une structure artistique qu’il faut le penser différemment. Il faut le penser comme si c’est un outil de formation comme on le voit dans les écoles et les mécanismes de financement et tout ça. Moi, je pense qu’il y a eu des faiblesses par rapport à la pensée de cette école sur le long terme. Il faut repenser une autre chose qui est adaptée à la réalité et qui est pensée en termes d’école pas seulement une école de danse, d’art mais une grande école et il faut trouver les moyens qui corresponde à une vision d’une grande école sur la pérennisation, sur le contenu, entre autres.

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