AHMED SYLLA AU GRAND THEÂTRE: Un spectacle à lui tout seul

Quand on y pense, on ne saura peut-être jamais à quel moment Ahmed Sylla a été sérieux ce samedi au Grand Théâtre National…L’a-t-il seulement été ne serait-ce qu’une seule fois, pendant les 90 minutes de son one-man-show, «Avec un grand A», un titre inspiré de cette conversation-testament qu’il aurait eue avec son grand-père, un ancien combattant à la voix tremblotante, qu’il fera monter sur scène avec son déambulateur.

A quel Ahmed Sylla faut-il donc se fier ? Le bonhomme qui roule des yeux et qui se déhanche sous sa perruque blonde ? Ou le gamin pas très sage et parfois presqu’invisible en classe, élevé à la dure par un vieil immigré fan de Compay Segundo, qui a rapporté dans ses affaires l’accent du pays ? Un père à l’humour particulier, qui dit «COCASSE» comme personne, en nasillant quasiment, «fanfrelan» pour «cancrelat», avec comment dire…Une façon bien à lui de montrer à son fils qu’il tient à lui. «Je t’aime», même quand il le tabasse, ou lorsqu’il se décide à lui faire payer le loyer : «50 euros par nuit», donc «plus cher qu’à l’hôtel», mais l’amour d’un père n’a évidemment pas de prix.

Sur scène, Ahmed Sylla n’a pas besoin de grand-chose finalement : pas d’autre accessoire que sa perruque blonde et le déambulateur de son grand-père…Ce regard qui pétille, la bonne bouille, et cette «impressionnante palette de voix» : lui, son père, sa mère et son grand-père, les profs à la rentrée, les camarades de classe qui rient pour trois fois rien, la fusée qui démarre, la voix du steward, le Sénégalais qui dit «mousclation» pour «musculation», le drôle d’accent du Français qui parle anglais, la petite dame raciste de cette parfumerie parisienne, qui lui parle de «fond de teint» et de «noix de coco», d’Usain Bolt ou d’Omar Sy…Avec l’air de dire qu’ils se ressemblent tous…

Ahmed Sylla, c’est aussi ce quelque chose de particulier que l’humoriste a avec le public : les petites conversations qui se glissent l’air de rien dans le spectacle, des impros toujours à propos, un rythme parfaitement maîtrisé, un sens quasi inné de l’humour, cette façon de se dédoubler…Même quand il est volontairement «bête et méchant», avec des clichés à la pelle et parfaitement assumés de surcroît : que ce soit sur les femmes et le casse-tête du créneau, sur les homosexuels, ou sur les bobos…Entre dérision et autodérision.

Vrai ou faux, on ne saura sans doute jamais, mais on a aimé, et le public aussi, ce tête-à-tête entre un grand-père et son petit-fils, en fin de spectacle : «Tu as une arme, donc tu es un soldat. Ton arme, c’est ta bouche. (…) Ne la perds jamais, parce que tu tues les gens, mais tu les tues de rire, et ça ne fait pas de mal. Tu as le choix, alors va, vis et deviens. Sois un artiste avec un grand A.»

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