Musique : Pamela Badjogo, Princesse de l’Afro-Jazz

La clarté de sa voix marque les esprits. Son allure de poupée Barbie ravit. Loin d’être une soit belle et tais-toi, Pamela Badjogo fascine par son énergie, son discours et son engagement. La musique, ce n’est pas que pour le plaisir mais c’est aussi pour défendre des causes comme celles des femmes victimes de violences. Elle nous en parle, entre autres sujets, dans cet entretien accordé à Africulturelle.

Africulturelle : Si vous deviez vous présenter : Qui est Pamela Badjogo ?

Pamela : Pamela est une artistes chanteuse compositrice, qui aime à identifier sa musique comme de l’afro – jazz 🙂

L’Afrojazz, le style de musique que l’on retrouve le plus dans votre premier  album. Qu’est-ce que vous qualifiait d’Afro – Jazz et à quel moment vous vous êtes dits que c’est comme ça que vous voulez chanter, un peu à la Dee Dee Bridgewater ?

C’est justement en accompagnant des artistes jazz-man tel que Cheick Tidiane Seck, que je me suis rendu compte qu’en réalité il existe un type de musique surement très élaborée mais qui donne un beau brassage et qui groove grave. J’ai eu envie de m’identifier  à ça… Je suis encore au début et j’espère travailler un jour avec de grands arrangeurs de cette musique

Votre premier album intitulé ‘’Mes Couleurs’’ que vous avez justement sorti en 2016. Pourquoi ‘’Mes Couleurs’’ ?

« Mes couleurs » est un patchwork de toutes les musiques que j’ai pu écouter et qui m’ont inspirées ou influencées dans le bon sens du terme. Dans cet album, je chante voyage d’une musique plus contemporaine à une musique typiquement traditionnelle. Je ne choisis pas de respecter un style je chante juste, raison pour laquelle cet album se nomme mes couleurs.

mes couleurs

Comment avez-vous  choisis les musiciens avec qui vous avez collaboré dans cet album ?

Je travaille depuis plusieurs années avec mon orchestre. Avant, on faisait juste des reprises de jazz.  Quand le moment de faire  l’album est arrivé, ça a été facile car nous nous connaissions déjà, nous avions les mêmes gouts. Et comme on avait besoin des avis  de professionnels aguerris,  nous avons invité le plus grand Batteur du monde en 2000(sic) PACO SERY à faire des arrangements sur le titre « Koulé ».  Nous avons aussi invité un autre grand de la musique MANJUL sur certains titres tel que TRY. C’était une belle expérience.

Combien de titres ?

10 titres + Un remix du titre BÔ feat Penzy un rappeur Malien qui chante beaucoup la femme.

 C’est tous de l’Afro – jazz ?

C’est un mélange de plusieurs styles, tel que le blues ou encore l’afrobeat et la musique traditionnelle.  On parle d’afro – jazz car les arrangements sont faits sur des mélodies africaines avec des accords un peu compliqués. En dehors de Paco Sery,  les artistes qui y participent c’est Cheick Tidiane Seck, un grand pianiste et arrangeur Malien qui a réalisé l’album afro – jazz de Dee Dee Bridge Water ;  Babani Koné une griotte diva Malienne ; Will Kalhoune, un drummer américain qui à jouer longtemps avec Madona ou encore Lauryn Hill.

Parlez-nous de vos débuts dans la musique et des collaborations qui vous ont le plus marqué.

J’ai appris à chanter en étant choriste d’artistes tel que Salif Keita ou Tiken Jah Fakoly ou encore Cheick Tidiane Seck. Mais avant de quitter le Gabon, j’accompagnais déjà des groupes de hip hop assez connus. Mais ma plus belle expérience dans mes débuts était de faire des voix pour le dessin animé Kirikou et la Sorcière, c’était trop top !  J’ai fait des chœurs sur les voix de Karaba. C’était   une expérience top  de poser ma petite voix sur un projet immense qui voyait la participation de grands artistes tel que Manu Dibango ou Youssou N’dour. C’était comme un rêve.

Aujourd’hui, vous faites partie des voix qui comptent dans la musique en Afrique. On vous a vu à la Can, à la cérémonie de clôture à côté d’artistes comme Coumba Gawlo, Charlotte Dipanda, Josey et Rokia Traoré. Comment avez-vous vécu cela et n’aviez-vous pas quelques réticences vu le contexte politique qui était assez tendu à cette époque ?

 Ce fut un honneur de représenter pour une fois mon pays et aussi toute l’Afrique à travers ce grand événement. Cet événement m’a apporté  une plus grande visibilité, alors c’est avec beaucoup de fierté que j’ai participé. En ce qui concerne la situation politique du Gabon, elle est regrettable, mais je pense que les politiques jouent avec nous comme à un jeu d’échec.  Il n’y a que leurs intérêts qui comptent et pas la situation du peuple.

 

cloture

Cérémonie de clôture Can 2017: Coumba Gawlo Seck au centre. A sa droite, Pamela Badjogo et Charlotte Dipanda. A sa gauche, Rokia Traoré et Josey

Il n’y a que leurs intérêts qui comptent pas celui du peuple… De là, à dire que organiser une Can à l’époque cétait too much pour le Gabon?

Non, bien  au contraire. C’est une bonne occasion pour attirer le regard de l’extérieur sur la réalité du pays. Si le peuple se lève et se plaint, c’est qu’il y’a un malaise et la solution ne viendra jamais des politiques puisqu’ils sont la cause du malaise. Elle viendra du peuple, le jour où chacun décidera de prendre son destin en main alors ce sera une grande victoire, la victoire des jeunes entrepreneurs, des PMI/PME, la victoire des artistes qui se battent pour mettre en avant leurs pays. Je suis confiante car de plus en plus les voix se lèvent au Gabon et plus de jeunes se mettent à leurs propres comptes pour faire avancer leurs business.  C’est ça qui est la vérité.

Vous êtes aussi membres du collectif Les amazones d’Afrique qui a sorti son premier album République Amazone. Pour rappel le collectif lutte contre les violences faites aux femmes. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager pour cette cause ?

Un artiste doit être utile à mon sens. Faire de la musique juste pour faire danser n’a pas d’intérêt. Il faut trouver le moyen d’adoucir les mœurs tout en véhiculant un message nécessaire pour la population. Nous avons la chance de pouvoir nous tenir devant des millions de personnes, pourquoi ne pas profiter pour  véhiculer des messages forts ? Et moi j’ai choisi la condition de la femme car trop de femmes autour de moi souffrent et nous sommes souvent d’une manière ou d’une autre victime de violence soit verbale soit morale, soit physique et le pire sexuelle. Trop d’injustice, alors je veux porter cette cause, haut comme un étendard !

amazone

Et comment se passe la collaboration avec ces grandes vedettes ?

J’apprends chaque jour de ses grandes femmes qui connaissent les pièges du métier mieux que moi qui débute. Alors je remercie le seigneur de les avoir  mis sur mon chemin. C’est une bénédiction!

Là vous êtes en tournée. Quelles sont les étapes à venir ?

La grande tournée d’été, qui passe par Washington puis la Lausanne en Suisse avant de rentrer sur Libreville et commencer à travailler sur le prochain album à partir de septembre prochain.

Comment imaginez-vous cet album? Et quels sont les contacts que vous avez déjà noués en vue de sa réalisation?

Pour ce deuxième album, la guitare sera l’instrument le plus mis en avant et j’entends explorer les chants en polyphonies du Gabon, et bien évidement la touche mandingue du Mali aura toujours toute sa place. Pour les collaborations je ne me presse pas, j’ai des propositions mais  j’ai encore du temps pour trouver le bon feeling 🙂PAMELAB3

Enfin gabonaise d’origine, qu’est-ce qui vous a amenée au Mali où vous vivez maintenant?

 Bientôt 13 ans que je réside au Mali. A la base, j’y étais  pour faire des études de microbiologie appliquée et puis l’amour de la musique mandingue m’a pris en otage  et je ne regrette pas un seul instant.

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