Rokia Traoré : « L’art et la culture de toutes les Afriques sont, à l’image du continent, multiples et variés. »

Le 23 mars dernier, le metteur en scène et comédien Dieudonné Niangouna avait publié sur son compte Facebook un coup de gueule sur « l’absence du théâtre africain«  dans la programmation du festival d’Avignon 2013.  Cinq jour plus tard, la chanteuse malienne Rokia Traoré lui répond via le même réseau social. Elle est programmée pour le Festival qui ne se limite plus qu’au théâtre mais s’ouvre à d’autres formes d’art. Nous reprenons ici in extenso la note publiée sur son compte Facebook. Le titre et le chapeau sont de la rédaction.

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Cher Dieudonné,
En 2013, pour la première fois, je voyais votre travail sur scène lors du Holland Festival. La même année vous étiez artiste associé au festival d’Avignon. Ma joie fût grande de constater que vous meniez une brillante carrière. http://www.rfi.fr/afrique/20130704-dieudonne-niangouna-premier-artiste-africain-associe-festival-avignon
L’art et la culture de toutes les Afriques sont, à l’image du continent, multiples et variés.
L’Afrique a un passé, vit un présent et aspire à un futur liés au reste du monde. La culture et l’art africains sont représentés à travers les carrières de plusieurs d’entre nous. Cela me rassure et m’encourage de connaitre votre travail et suivre votre évolution, ainsi que celui d’un nombre important d’artistes, d’intellectuels et de leaders d’opinion d’Afrique y compris ceux qui ne sont pas nés sur le continent mais qui y sont liés et ceux qui n’ont pas forcément la peau noire, mais qui sont d’Afrique.
Nos carrières à chacun ne sont que de petites parcelles d’un ensemble qui nous dépasse et qui est plus important que chacun d’entre nous. Car si par son nombre croissant de jeunes et toutes ses richesses naturelles l’Afrique pourrait certainement avoir un avenir agréablement surprenant, c’est sans aucun doute par sa capacité à écrire sa propre histoire, avoir une vision d’elle-même et savoir l’imposer, que notre Afrique gagnera le pari de sa réussite, son épanouissement après toutes les violences qu’elle a subi.
Comme l’a si bien écrit Felwine Sarr : «Le défi consiste alors à articuler une pensée qui porte sur le destin du continent africain, en scrutant le politique, l’économique, le social, le symbolique, la créativité artistique, mais également en identifiant les lieux d’où s’énoncent de nouvelles pratiques de nouveau discours et où s’élabore cette Afrique qui vient ( … ) Mener à bien cette entreprise est nécessaire afin de dégager des horizons et de contribuer à la transformation positive des sociétés africaines. Celle-ci est de la responsabilité première des intellectuels, penseurs, et artistes africains». AFROTOPIA
Les artistes d’Afrique et d’Afrique ailleurs, ceux qui vivent en Afrique et ceux qui vivent en tant que parties de minorités ailleurs, tous ensemble nous devons travailler pour une représentativité significative de l’Afrique telle que nous la connaissons, telle que nous l’avons chacun en nous. Mère féconde et vaste, belle, convoitée depuis la nuit des temps, des enfants lui ont été retirés de force, alors elle n’a pu les élever, encore dans la douleur elle doit se séparer de tant d’autres qui la quittent, volontaires, à la recherche de tout sauf elle, elle élève ceux qui lui restent dans ses différences et tous, tous nous la voyons à notre façon. Alors nous, tous ensemble, nous devons être curieux de la façon de voir de l’autre, nous devons nous respecter, nous devons être conscients que rien ne changera par un seul d’entre nous, mais c’est tous ensemble avec une bonne connaissance et reconnaissance de chacun et son travail que nous représenterons la culture Noire et Africaine.
La représentativité pour laquelle nous devons nous battre au festival d’Avignon et dans le monde est celle de l’Afrique en général sous toutes ses formes artistiques et culturelles. L’art est subtil et complexe. Dans la danse en Afrique il n’y a pas que de la danse, il y a des dialogues qui se vivent, qui se mènent par des corps et des formes, en Afrique il y des récits qui s’écrivent par des paroles qui n’ont jamais connu ni encre ni papier, en Afrique l’art dramatique peut être dans la parole qui se raconte, s’interprète ou se chante, il peut être dans les mouvements et les formes. Vous et nous sommes des artistes qui avons la chance de venir d’un continent ou les possibilités artistiques et dramatiques sont innombrables et complexes par tous ces métissages de sources intrinsèques, mais également de sources d’ailleurs. Pourtant nous devons être vigilants afin d’éviter de devenir, nous, les limites de tant de richesses au lieu d’en être vecteurs et les potentialiser.
Nous, artistes africains programmés dans le cadre du focus Afrique de cette 71e édition du festival d’Avignon, nous dont les carrières ne sont pas spécifiquement vouées au théâtre de texte, et dont vous jugez les œuvres comme n’échappant pas au simplisme et à l’injonction des formes et des codes de lecture, nous aurions aimé vous convier à venir assister à chacun de nos spectacles programmés à Avignon, afin que nous puissions par la suite débattre de manière enrichissante pour notre cause commune: la représentativité, pas qu’en France, mais dans le monde ; pas seulement de la culture et de l’art africains selon ceux qui les voient de France, mais de la culture et de l’art Africains tels qu’ils sont selon nous.
À bientôt, à Avignon j’espère
Rokia Traoré
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