Mbougar, romancier d’anticipation ? Non!

Le 17 Mars dernier, Mbougar Sarr était la vedette d’une rencontre littéraire dans le cadre de la Semaine de la Francophonie. L’auteur du roman Terre Ceinte, lauréat du prix Ahmadou Kourouma 2015 évoque dans cet entretien qu’il a accordé à AfriCulturelle la nécessité pour tous de toujours se battre contre les extrémismes, une bataille d’abord individuelle.

terreceinte

Terre Ceinte de Mohamed Mbougar Sarr, lauréat 2015 du prix Ahmadou Kourouma

Africulturelle : Votre séance de dédicace a été une occasion pour échanger avec un public de lecteurs. Trois ans après sa sortie, la perception de Terre Ceinte a-t-elle changé ?

Mohamed Mbougar Sarr : Je suis assez surpris que, trois ans après sa publication, ce livre reste encore dans les esprits, et qu’on m’invite pour continuer d’en parler. Je crois que cela tient à son « actualité », comme nombre de lectrices et lecteurs me le disent. Les gens, ici et là, semblent tous préoccupés par ce qui advient ; ils cherchent dans les livres des alliés pour penser le réel, mieux le comprendre, l’affronter. Je crois que le roman les y aide, modestement, en les poussant à envisager la question autrement. La réception de Terre Ceinte varie d’un lecteur à l’autre, mais la grande majorité, je crois, y a trouvé ce qu’on cherche généralement dans un livre : de l’émotion, de la réflexion, une intrigue, des personnages incarnés et un effort dans la langue. De ce point de vue, je me sens très chanceux. L’accueil, depuis le début, est plutôt bienveillant, et il y a une certaine constance chez la plupart des lecteurs dans le fait de voir dans ma proposition artistique une façon de mieux comprendre ce qui nous arrive.

A.C. : Terre Ceinte, un livre assez pessimiste… Considérez-vous qu’arrivez á un certain niveau, il n’est plus possible de se battre contre les extrémismes?

M.M.S. : Je ne suis pas tout à fait certain que ce soit un livre pessimiste ; c’est plutôt, à mon sens, un livre à la fin ouverte. Je crois qu’on peut y lire l’espoir, même un peu. Mais mettons qu’il soit pessimiste (les gens adorent les œuvres qui finissent mal, n’est-ce pas?). C’est une lecture que l’on peut faire, comme lecteur. Je crois que l’on peut et doit toujours se battre contre les extrémismes ; et le faire à l’échelle la plus infime qui soit : celle de notre intimité, car l’intégrisme commence là : lorsque nous développons des passions tristes et que nous les laissons proliférer. Du reste, je crois aussi que l’urgence, devant tout extrémisme, est d’être lucide, et de refuser la simplification de la pensée. Cela implique par exemple de se demander quelle est notre propre responsabilité dans ce qui arrive. Puisque l’extrémisme est d’abord le refus, l’incapacité de toute autocritique, le combattre, c’est installer le doute au cœur de nos attitudes, de sorte que tout dogmatisme, toute tentative de vouloir imposer à l’autre Sa Vérité, soit éradiquée. Philosophiquement, pratiquement, on peut toujours le combattre. C’est bien ce que certains personnages de Terre Ceinte font.

A.C : L’histoire se passe dans un pays imaginaire qui parfois rappelle étrangement le Sénégal. Peut-on penser que vous prédisez le futur du Sénégal si rien n’est fait pour changer la donne?

M.M.S : Il y a des échos avec le Sénégal dans le roman, bien sûr. Beaucoup d’éléments peuvent faire penser à ce pays, même si l’espace du livre est imaginaire. Mais non : je ne prédis pas, je ne suis pas un romancier d’anticipation, je ne connais même pas mon futur immédiat, et encore moins celui d’un pays. Terre Ceinte n’est pas une dystopie. Simplement, je mets en garde contre la tentation de se reposer sur nos acquis, contre la propension de beaucoup de sénégalais à croire que le soufisme est un rempart suffisant pour contenir l’assaut de l’islam radical et contre la prétention de croire que ça n’arrive qu’aux autres. Il faut une veille éthique, politique, intime, que tous les Sénégalais doivent prendre en charge. Presque tous les pays voisins ont eu à faire face, tragiquement, à la question du fondamentalisme religieux. Je ne vois rien, au Sénégal, qui pourrait garantir qu’il n’y arrivera jamais. Le croire serait une dangereuse illusion. Je crois qu’il faut s’y préparer ; je ne dis pas que ça arrivera, mais je dis qu’il faut s’y préparer.

A.C : Mbougar travaille t­-il sur d’autres projets littéraires?

M.M.S : Oui, je ne fais presque que ça, travailler à des projets littéraires. C’est ce que j’aime. J’écris toujours, tout n’est pas bon, certes, mais je m’évertue à écrire en permanence. Je travaille sur plusieurs romans. J’espère que l’un d’eux sera publié en 2017

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